Publié par Longueur d'Ondes

Double effet KIZ cool

Mais quel est donc ce buzz qui envahit les rédactions ? Un duo électro-pop acoustique qui, à défaut de révolution, constitue un marqueur générationnel, symbole de nouvelles pratiques artistiques et de consommation. Décryptage.

Nouvelle signature du label X-Ray Production (Biga*Ranx, Janice in the noise…), Alice Chiaverini et Marc Parodi – le duo KIZ – se sont fait connaître sur les réseaux sociaux pour leurs reprises insolites et « suédées » (moyens volontairement limités, avec une pointe d’humour). Des covers au spectre large, comme en témoigne leur réinterprétation des génériques de séries tv (Game of Thrones, Breaking Bad, Dexter…) jusqu’aux chansons de Fauve, Metronomy, Stromae ou de Gnarls Barkley… Si le procédé n’est pas nouveau – STOMP pour l’utilisation d’objets du quotidien, Yelle pour la voix, Lilly Wood and the Prick pour les reprises comme support de promotion… –, son logique relais médiatique correspond, lui, a un réel appétit.

1/ LE FOND. Micro-ondes, fil dentaire, préservatif, brosse à cheveux… L’utilisation de non-instruments permet, tout d’abord, de prouver/montrer sans cesse son inventivité. Car au fond, hors effet de surprise du spectateur induit par le détournement d’objets (dont certains sont, avouons-le, parfois gadgets), l’intérêt réside aussi dans l’invention de ses propres sons. Soit : gagner en liberté et en singularité. Et qui mieux que se servir soi-même pour y parvenir ? Voire donner envie de s’y essayer…
Mais l’option autorise également un investissement minimum et favorise une souplesse de plus en plus recherchée par les lieux de diffusion. La formule peut ainsi s’adapter aux showcases comme aux salles traditionnelles, même si l’occupation de la scène est plus complexe sur de vastes espaces (la faute à une manipulation limitant les déplacements).

2/ LA FORME. KIZ réussit l’équilibre entre recherches sonores, clins d’œil et happenings arty (typo fine, nœud papillon, chemises fleuries, barbe taillée…). De quoi s’adresser à plusieurs niches et satisfaire le besoin en images d’un secteur qui se regarde désormais plus qu’il ne s’écoute (ndlr : une étude Nielsen de 2014 montre que 64% des jeunes américains écoutent principalement la musique via YouTube).
Ce succès rappelle également que les reprises sont toujours une porte d’entrée évidente pour braconner un public acquis à un autre artiste.
Qui s’en plaindrait ? L’alimentation régulière de vidéos – magistralement réalisées au cordeau malgré l’économie (merci les avancées techniques, faisant tomber la barrière entre pros et amateurs) – épouse le besoin des médias. Pour les journalistes, ce flux constant est, chaque fois, l’occasion de relancer une actualité sur le groupe (exit l’unique papier annuel sur la sortie d’album) autant qu’il permet, sur les réseaux sociaux, de s’approprier un buzz et devancer les délais de parution d’un support papier.
L’artiste se prête aussi à des lives inédits et en acoustique ? Parfait pour des rédactions cherchant à se différencier de la concurrence, grâce à l’obtention d’une prestation taillée sur mesure... Et toc. CQFD.

Reste à savoir – l’album le dira – si le buzz sera se transformer sur la longueur. On pense notamment à cette reprise de la sonnerie Marimba de l’iPhone, thème certes actuel, mais également effet de mode qui pourrait souffrir du manque de référence d’un public renouvelé ou agrandi avec le temps. Car, passer la fraîcheur des premières années, le virage du long terme peut être une étape périlleuse à négocier.
En attendant, on se sera tout de même déjà bien amusé…

Sortie E.P. 4 titres : 27 novembre
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