Publié par Gonzaï

Angles Moore par François Hercoüet

En seulement 4 ans, Urban Comics a publié près de 700 albums pour en devenir l’actuel leader du secteur et l’un des éditeurs français d’Alan Moore. François Hercoüet, son directeur éditorial, nous en donne quelques clés.


SWAMP THING
Histoire : à la suite d’une explosion, le docteur Alec Holland, chercheur sur les capacités bio-restauratrices, devient La Créature du marais (sans rapport avec Kamel Ouali). 1re apparition de John Constantine.
Avis : « Avec cette carte blanche, Moore retrouve la possibilité de réinventer un personnage. Ce qui est incroyable, comme toujours dans son œuvre, c’est que la simple apparition de John Constantine deviendra un univers dans les mains d’autres (comics Hellblazer, film, série…). Pour l’anecdote, il est même persuadé de l’avoir rencontré dans un pub ! Or, on sait que le scénariste a un lien particulier avec la magie… »

WATCHMEN

Histoire : de vieux super-héros sont assassinés, en pleine uchronie qui ont vu les Etats-Unis remporter la guerre du Viêt Nam et Richard Nixon être réélu sans discontinuité (l’action se passe en 1985).
Avis : « Plus aucune bande dessinée ne sera pareil après cette sortie. Les scripts sont monumentaux et… logiquement frustrants. À l’origine, ce devait être une histoire à partir de personnages de Charlton Comics, mais Moore n’en a gardé que certaines caractéristiques. C’est en tout cas une réflexion sur la légitimité des super-héros, sur la vie publique et le temps qui passe (« watch » veut aussi dire « montre »). »

V POUR VENDETTA
Histoire : à la suite d’une guerre ayant détruit Europe, Afrique et Etats-Unis dans les années 80, un parti fasciste prend la tête du Royaume-Uni. En 1997, un anarchiste commence une campagne pour ébranler le pouvoir.
Avis : « En traduisant Lloyd, on se rend compte que c’est le dessinateur qui a souhaité le masque de Guy Fawkes pour le personnage (élément repris aujourd’hui par les Anonymous). Ce devait être un gendarme ! Le talent de Moore a surtout été de synthétiser plusieurs décennies... Les auteurs se défendent cependant de la déification de l’anti-héros. Et ce n’est pas un pamphlet pro-anar. Le livre pose plus de questions qu’il n’y répond… »

FROM HELL
Histoire : elle traite de l’identité et des motivations de Jack L’Éventreur en pleine époque victorienne et la place de la femme occidentale, sur fond de conspiration maçonnique et d’Illuminati.
Avis : « C’est une étude de l’Histoire, mais basée sur des ressentis personnels. Là encore, j’invite quiconque à lire les notes de Moore ! On est vraiment, ici, dans la dimension d’anchorman. Il nous fait croire à une thèse séduisante (comme le pentagramme créé à partir de l’emplacement des meurtres). C’est tellement pertinent que ça en explique la polarisation (et le fait que les gens aiment ou détestent sans compromis). »

TOP TEN
Histoire : la vie d’un commissariat de police (dont le titre est le surnom), dans une ville où tous les habitants possèdent de super-pouvoirs, du policier en passant par les criminels et… les animaux domestiques.
Avis : « Sans doute la chose la plus drôle qu’il ait écrite. C’est accessible, mais il y a beaucoup de détails sur la pop culture des années 90 (ex : des Avengers affrontant des X-Men à coup de micro-souris). Ca vaut le coup d’œil, même si Moore n’est pas toujours reconnu pour ce classique qui n’a pas pour ambition de révolutionner le genre. Ça plaira aux puristes de l’héroïsme. »

LA LIGUE DES GENTLEMEN EXTRAORDINAIRES
Histoire : uchronie steampunk qui voit la réunion d’Allan Quatermain, du docteur Jekyll (et son alter ego Mr Hyde), du capitaine Nemo et de l’Homme invisible, sous la direction de Miss Wilhelmina Murray (la femme de Jonathan Harker).
Avis : « Ça aurait cartonné à une autre époque. C’est vraiment la création dans la non-création. Si par contre on sent que Moore s’amuse, il peine à installer... Il faut dire qu’il est difficile de lutter contre la nature de personnages déjà créés, de sortir du cadre prédéfini. D’où le fait qu’il s’éclate plus sur la forme... Sans doute son lien le plus marqué à ses lectures (H.G. Wells, etc.). »

NOENOMICON
Histoire : l’enquête de deux agents fédéraux chargé de reprendre celle d’un collègue interné. Celle-ci mènera à l’infiltration d’un cercle de prosélytes s’adonnant à d’étranges rites sexuels… et gores.
Avis : « C’est une transposition érudite du panthéon Lovecraftien à notre époque. La forme est sans doute trop générique et la colorimétrie un peu passée, mais cela impose une distance bienvenue. Montrer l’ineffable et l’indissociable, on ne devrait jamais le faire ! (le livre a même été interdit dans une bibliothèque américaine). Dur à appréhender, mais un formidable tour de manège gratuit. »

DODGEM COMICS
Concept : une revue underground, parrainé par l’auteur de 2009 à 2011. Les huit numéros parus ont publié divers textes et illustrations d’artistes de Northampton (Midlands de l'Est), dont le premier comic-book entièrement écrit et dessiné par Moore.
Avis : « Le premier édito appelait à un retour au local. Avec l’argent collecté, Moore proposait de rénover un hospice, de financer des t-shirts pour le club de foot... C’est très anglo-anglais ! C’était même distribué avec un CD de musique. C’est peu accessible, mais c’est une expérience intéressante pour les fans de sa prose divergente. Dommage que les amis ont pris le dessus au fur et à mesure des numéros… »
 

* Toutes les œuvres citées ne sont pas la propriété d’Urban Comics.

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