Publié par Longueur d'Ondes

AllttA : rencontre au sommet

Printemps de Bourges, Nuits botanique, Vieilles Charrues… Les beats de 20syl (Hocus Pocus, C2C) et le flow de Mr. J. Medeiros (The Procussions, Punk-Rap Knives) sont de sortie cet été. On a assisté [EN EXCLU] à la résidence préparant leur tournée.


Espace Michel-Berger (Sannois). Et des contrastes dès l’intitulé : un lieu de concert dynamique en bordure d’une commune endormie ; un nom issu de la chanson française accueillant un duo hip-hop / électro ; et un projet franco-américain jouant justement des complémentarités sonores, géographiques ou esthétiques… Jeu de miroir, bonsoir.

À l’intérieur de cette salle des musiques actuelles ? Les murs rouges prennent le contre-pied des visages blafards des artistes, arc-boutés au-dessus d’un mug logoté. Plus que le soleil discret de cet après-midi d’hiver, les corps blêmes trahissent la fatigue d’un aboutissement libérateur autant que la conséquence de répétitions dans l’obscurité... Il faut avouer qu’une résidence [la possibilité de répéter en conditions réelles] est l’occasion de dernières retouches avant que la patine ne fasse son œuvre en festival.
Pour l’heure, 20syl et Mr J. sont d’une incroyable sérénité, fiers sans doute du résultat. Conscients, surtout, que les dés sont déjà jetés.

La rencontre entre le Nantais et le natif de Los Angeles date de 2004, débouchant sur une collaboration spontanée avec le titre “Hip Hop?“. Depuis, et malgré la distance, une correspondance s’est maintenue en pointillés : « Nous avons en commun une même vision de la musique et une hyperproductivité », annonce le duo en entrée. « Nous n’avions pas la volonté de créer un All-Stars band en réunissant nos formations, mais bien de créer une unité suffisamment complémentaire pour se challenger. » La répartition des rôles découle donc du principe, attribuant les sons et le lancement des vidéos à 20syl, tandis que Mr J. prend en charge le chant en avancée de scène.
Pour 20syl, l’objectif était justement de se concentrer sur la composition, « un truc à la Pete Rock ». On reconnaît d’ailleurs vite la patte du frenchy : ces sons élégants, faits de cassures de rythmes et de voix féminines en écho. Puis, l’Hocus Pocus ne tarie pas d’éloges sur son partenaire : « C’est une écriture cubiste où chaque mot possède sa facette. Jason est vraiment un artiste à lire autant qu’à être écouté. J’invite tout le monde à aller sur le site Rap Genius, où ses chansons sont décryptées. »

Les contraires s’attirant, le consensus de l’un et l’autre a permis de casser les habitudes et varier les exercices. Exemples ? « L’improvisation, avec une sorte d’accent cockney, sur le titre “Match“ a été conservée, alors que c’est un morceau plus électro, plus chanté… Cela apportait quelque chose de frais dans le répertoire », avoue Medeiros “Paradise Lost“ ? « L’instru est marquée. On ne voulait donc pas un texte dense. 20syl avait l’idée de ce scientifique qui découvre une planète et la raconte sur son magnétophone... De cette idée, nous n’avons finalement que gardé l’énergie du flow. »
Pas étonnant que l’esthétique joue, elle aussi, sur les oppositions chromatiques ou géométriques, comme une extension du processus créatif du duo. Pour 20syl, « créer des lignes, jouer sur la synthétique et les ombres chinoises ou imposer le noir & blanc comme unité, c’était à la fois permettre de coller aux histoires sans être illustratif. Il y a déjà suffisamment d’infos dans les mots ». Et pour cause, l’expérience atteint son sommet sur l’hypnotique “Touch Down“…

La pause café enfin terminée, on quitte l’équipée rejoindre son obscurité aussi paisiblement qu’il l’avait quittée. Quelques ultimes réglages et la troupe sera prête. Il faudra bien : demain, le réveil est fixé à 5h. Rendez-vous à Lyon. La prochaine pause sera à la rentrée.

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© David Gallard


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Groupe de live ?

Se pose toujours la question du ressenti en plein air, quand l’intimité du disque semble épouser naturellement celle de clubs à échelle humaine. Se serait pourtant se tromper : 20syl est aussi métronome que Medeiros est un lion en cage, propulsé en avant de scène tandis que le Français assure, perché, les arrières. « L’énergie est moins figée que sur album », souligne l’ingénieur son de la salle. « D’autant qu’il y a deux morceaux inédits dans le set et quelques clins d’œil à leurs projets respectifs. Il n’est d’ailleurs pas exclu que les C2C les rejoignent lors de dates particulières… Mais ne vous y trompez pas : ce n’est pas parce que le projet tourne en festival que le hip-hop est plus accepté ! C’est uniquement parce que la proposition artistique est plus large. Le hardcore ou le style puriste sont encore boycottés. Pourtant, il existe davantage de ponts entre le hip-hop et l’électro qu’avec le rock... »