Publié par Longueur d'Ondes

FANY CORRAL : « Non, Jean-Luc Mélenchon n’est pas queer ! »

Label Kill The Dj / festival Loud&Proud


 

Pourquoi monter ce festival ?
Je ne vais pas reparler du Pulp, j’ai l’impression de faire ma Régine… Mais, oui, j’ai toujours eu des activités politiques, comme par exemple Gouine comme un camion : un char de la Marche des fiertés, financé de façon participative. Je refuse de me contenir pour ne pas choquer ! Je suis lesbienne et je n’ai pas à attendre que le monde m’accepte. Après la déferlante homophobe de 2013, on s’est dit qu’il était temps de faire plus pour la visibilité de la culture queer. Parce que c’est une culture, hein, pas une cause ! La cause, c’est la lutte contre l’homophobie. Or, qu’est-ce que la culture, si ce n’est lutter contre l’exclusion et un outil d’empowerment [l’octroi de davantage de pouvoir aux individus pour agir sur leurs conditions] Ça te donne de la force... T’es pédé ? Nous aussi !

 

D’où vient ce nouvel élan homophobe ?

Je m’en fous de savoir d’où ils sortent ! Ils ne veulent pas nous comprendre ? Je ne vois pas pourquoi je les comprendrais. C’est quoi le problème ? Les types manifestent pour s’opposer à ce que d’autres aient les mêmes droits qu’eux… Ce sont des privilégiés ! Je n’ai, en tout cas, jamais ressenti autant de haine avant 2013. Grâce aux Trente glorieuses (et son plein-emploi), ton père a eu une meilleure ascension sociale que ses parents. Avec la crise, pas évident que ce soit pareil avec la génération qui suit ! C’est la peur du déclassement avec les valeurs sociales traditionnelles comme dernier rempart... Or, ce sont toujours les minorités qui trinquent en premier, en particulier la femme ! En Espagne, on a par exemple essayé de remettre en cause l’avortement... Il y a même eu des pubs pro-life dans Le Nouvel Obs ! L’homophobie est poussée par la misogynie : le pédé, c’est la femmelette ; les lesbiennes, c’est le territoire que tu ne peux pas conquérir... J’en veux aux médias d’avoir donné la parole à ces personnes et donné corps à une hystérie.

 

Sur ces sujets, il n’y a pas eu d’acquis ?

Pas facile de faire son coming-out en dehors de Paris… On reconnait l’intégration d’une communauté à sa représentation à la télévision... Qui avons-nous : Frédéric Lopez ? Il vient seulement de l’avouer… Même les séries américaines, c’est nouveau ! Stéphane Bern ? Jean-Paul Gaultier ? On accusera la profession artistique… Ce ne sont pas des quidams… Or, pour te construire, il te faut des modèles – et des modèles positifs ! – pas un seul schéma culpabilisant ! Le coming-out, c’est une arme. Et sur les 20 dernières années, nous n’avons pas avancé. Act Up ? On en reparle à cause du film [120 battements par minute, de R. Campillo], sorti en septembre. Comment c’est possible de laisser des enfants se traiter d’ « enculés » ou de « pédés » dans les cours d’écoles ? D’autant que c’est une pratique, ça ne devrait pas être une insulte… Il faudrait un ministère de l’égalité, qui traiteraient des minorités sexuelles et racisées.

 

Qu’est-ce que l’esprit queer, alors ?

Avant, les pédés et les lesbiennes ne se mélangeaient pas, hein. Aujourd’hui, c’est au-delà des trans et des gouines. C’est une grille de lecture du monde : la lutte contre les dominations raciales ou sexuelles. Et, non, Jean-Luc Mélenchon n’est pas queer ! Il est plus intéressé par les classes sociales…

 

Faut-il aller jusqu’à des bacs de disques dédiés ?

Oui et non. Ce n’est pas une obligation, même si, sur le principe de la représentation, c’est intéressant. Ce qui est important, c’est surtout d’y être autorisé… Car le queer est, je le répète, une culture. Un mouvement. Les Pogues, par exemple, ce sont des prolos. Leur musique est ancrée dans le social. C’est consécutif de leur art, comme Joan Baez et les droits civiques ou le fait que les Public Enemy soient noirs… On ne peut pas taire sous silence cette influence ? Idem pour les queers. Il y a bien des animations pour la chandeleur ! Alors, pourquoi pas une mise en avant du queer, tous les mois de juin ? Et pourquoi, surtout, être obligé de récupérer ce type de disques, livres, films, etc. dans des boutiques spécialisées ?


© Gaëlle Matata