Publié par Rolling Stone

THEO LAWRENCE & THE HEARTS - Road trip (4/4)

NEW ORLEANS (Louisiane)


Avant de rejoindre le berceau du jazz, le périple prend halte au Mississippi, connu pour son delta blues. James Cotton ou encore Skip James sont nés sur les rives de ce fleuve, théâtre des bateaux à aubes, du morceau “Big River“ de Johnny Cash ou de la noyade de Jeff Buckley. « L’occasion aussi de croiser l’une des trois tombes de Robert Johnson, la station de radio désaffectée WABG à Greenwood, l’air épais et humide ou les reflets incroyablement dorés du soleil, les panneaux “Stop shooting family“ de la ville Baton Rouge… J’ai dormi dans une maison d’ancien colon du côté de Vicksburg, croisé des gens sur des rocking chair… Et puis, été à Natchez, lieu d’escales maritimes, de l’écrivain Mark Twain (Les Aventures de Tom Sawyer) et où Jerry Lewis a fait ses premiers clubs de jazz. » Ses yeux s’illuminent… Avant de froncer les sourcils, constatant que « dans ces lieux, l’état fédéral a depuis longtemps déserté ».


Forcément, le vacarme de la Nouvelle-Orléans – qui a notamment inspiré la pièce Un Tramway nommé Désir de Tennesse Williams – vient réchauffer l’atmosphère. Car même si l’ouragan Katrina a mis à genoux la ville de Louis Armstrong, l’influence des Caraïbes, de l’Europe et de l’Afrique s’en ressente encore : « Il y a des brass bands à chaque coin, une cuisine métissée, des balcons végétalisés ou des néons qui surplombent les rades hurlants ou les boutiques vaudoux… Tu marches constamment, avec le regard qui ne se repose jamais entre les crieurs de rue, les show-girls, les bikers, la police montée, les touristes ivres et les évangélistes rédempteurs... Tu m’étonnes que ce soit la ville qui organise le plus de festivals au monde : c’est un chaos organisé… Je conseille d’ailleurs l’écoute du Silver Leaf band, vu sur place. »

Pourquoi ne pas y avoir enregistré ? « Ce n’est pas l’endroit qui compte, mais le producteur et les compositions. On a préféré le studio Black Box à Angers. Avec l’analogique comme contrainte. Pas forcément pour le son, mais parce que sinon, on ne s’arrêterait jamais… Ce voyage résume en tout cas bien notre musique », résume Theo en remettant sa veste, s’apprêtant à payer sa bière. « Le public en a fini avec les chapelles musicales. Nous-mêmes, nous ne faisons ni du rock, ni de la soul, de la country… ou du folklorique : nous jouons tout ce qui peut être chanté avec le cœur... » Le cœur… ? Comme le nom du groupe ? « Tout à fait », sourit-il malicieusement. « Nous n’avons pas trouvé mieux comme pense-bête… »


Album “Homemade Lemonade“

(BMG / Caramba)
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