Publié par Rolling Stone magazine

Metal mongol : THE HU, dis donc !

Les Anglais ont leurs Who. Les Mongoles, The Hu... Mais quel est donc ce groupe de heavy metal, qui devait être présent au Hellfest 2020 et au Download australien, avec ses singles cumulant en 1 an les 30 millions de vues chacun ? Rencontre.

Difficile de ne pas penser au compatriote Gengis Khan, chef de clan tribal et stratége fédérateur, devenu fondateur de l’empire mongol (le plus vaste de tous les temps). Car si le 1er album de The Hu Gereg (mélange entre musique traditionnelle et électricité occidentale) date seulement de septembre, leur conquête a tout de l’attaque éclair... Pour preuve ? Les visas 2020 de leurs premiers concerts : Allemagne, Danemark, Norvège, Suède, Pologne, République Tchèque, Autriche, Suisse, Belgique, Angleterre...

« Est-ce si étonnant de la part d’habitants d’un pays ayant créé le 1er passeport diplomatique ? », rétorque hilare le quatuor, croisé début février à Paris... Et/ou comment YouTube a su abolir les frontières physiques. Et sans qui « le voyage aurait sans doute été plus long », plaisantent-ils à peine... C’est d‘ailleurs leur explosion en millions de vues qui leur a valu une signature au sein du label Eleven Seven (Papa Roach, Five Finger Death Punch, Mötley Crüe...) et l’utilisation d’un de leur titre dans le récent jeu vidéo Star Wars Jedi : Fallen Order.
Il faut dire que leur musique, créée à partir de morin khuur (instrument à corde national), guimbarde, flûte et guitare mongole, a apporté au heavy metal nostalgique un nécessaire renouvellement... Une greffe notamment rendue possible grâce au khöömii, « chant de gorge diphonique », à la fois inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco et rappelant certains accents gutturaux de la scène metal...
Du neuf avec du vieux ? L’ironie fait sourrir les intéressés : « Peu importe que l’on nous classe parfois du côté de la world music ! Pour nous, nos compositions sont avant tout une rencontre entre Est et Ouest, passé et présent. Ce sont des allers-retours dynamiques et constants, qui puisent dans tous les styles rock... Après tout, le chant traditionnel mongol a pour but une harmonie entre les Hommes. »
On comprend mieux leurs clips, alternant plans de la capitale (Oulan-Bator) et chevelus toisant les plaines désertiques. De ce grand écart continu entre origines et tentative d‘export. The Hu reste d’ailleurs évasif sur la perception du metal en Mongolie. Tout juste, précisent-ils, que « le passage de Sepultura en avril dernier fut une avancée » et que la scène « s’agrandit chaque jour ». Conseillant l’écoute des confrères Hanranga, Niciton et Nisvanis.
Eux préfèrent plutôt parler de “hunnu rock” qui, à défaut de celui de Gengis Khan, fait référence à l’empire hunnique (1 000 ans avant celui-ci). Un système de domination qui connu son apogée sous Attila le Hun. Métaphore belliqueuse ? Pas si l’on se rappelle que cet empire ne fut pas fondé sur la domination, mais bien sur un processus d‘occupation éphémère, puis – et surtout – d’intégration... Stratèges, disions-nous ?


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© Tim Tronckoe