Publié par Samuel Degasne


La contrefaçon est « le deuxième fléau du XXIème siècle après le terrorisme » a affirmé dernièrement Michel Danet à Lyon. Sans justifier le prix exorbitant des produits de luxe, le secrétaire général de l’Organisation Mondiale des Douanes (OMD) veut surtout freiner une pratique qui a de nombreuses conséquences : arnaques, licenciements, économie parallèle et parfois même des morts quand il s’agit de médicaments. Une chose est sûre : nous avons tous affaire aux copies et à la contrefaçon. Etat des lieux.

nike-luxe-or.jpgLa contrefaçon est le fait de reproduire ou d'imiter quelque chose sans en avoir le droit, ni l’autorisation du créateur ou de l’exploitant (article L335-3). Dans l’imagerie collective, cette notion à une connotation péjorative qui sous-entend un produit de mauvaise qualité. La fabrication et la vente de biens contrefaits ont connu une croissance exponentielle ces dernières années. On croit naïvement que le phénomène se limite aux piratages sur les réseaux d’échanges de fichiers (Kazaa, Emule) ou à la sauvette sur les trottoirs. Bien entendu, le piratage informatique a également augmenté de façon significative, notamment avec l’explosion et la démocratisation d’Internet. Mais il s’agit essentiellement de téléchargement et d’échange gratuit entres internautes. Par contre, la vente de copies présente un risque plus grand et touche désormais aussi bien les pièces automobiles que les médicaments, ce qui met en danger notre intégrité physique. Chaque année, elle rapporte plus de 30 milliards de dollars à ses auteurs. La qualité et les conséquences sont par contre souvent inconnues du grand public.


La plus vieille profession du monde ?
Le monde de la contrefaçon touche le plus souvent le marché des produits de luxe. Se procurer un article coûteux à un bas prix est une tentation compréhensible. Tout le monde connaît les faux sacs Vuitton, les fausses montres Rolex, les tee-shirts qui déteignent au lavage ou les CD vendus sans livret. Une étude intéressante montre d’ailleurs la nécessité d’un prix élevé pour les produits de luxe. Par exemple, un parfum de luxe ne vaut pas grand-chose à la fabrication. La composition des essences et le flacon ne dépasse pas les 3€ à l’échelle industrielle. Même en rajoutant les colossaux contrats pour signer des stars qui représentent le parfum et l’immense campagne de pub qui accompagne le lancement, le prix final est bien au-dessus du coût de fabrication. La preuve en est, la marque de rasoirs BIC avait décidé de lancer des parfums très peu coûteux. L’opération a été un échec retentissant, car la société actuelle estime que des produits ont une côte minimum de base.

Du métier de prostitution ou de contrebandier, le débat fait rage pour savoir lequel des deux est le plus vieux, car la contrefaçon n’est pas véritablement récente dans l’Histoire. Chez Lise Watier Cosmétiques, on estime que les faussaires avaient eu le temps d’écouler plus de 20 000 copies du parfum « Neiges », l’un de ses succès. Beaucoup de ces contrefaçons se sont notamment vendues sur les marchés aux puces. La société avait l’habitude des copies, mais pas de cette ampleur. Une injonction autorisant les saisies a été déposée l’été dernier, avant que la période des fêtes n’engraisse le mouvement.

Les statistiques mondiales sont éloquentes. Selon l’Organisation Mondiale des Douanes, le marché est passé de 5,5 milliards de dollars en 1982 à plus de 500 milliards aujourd’hui. La hausse est donc effective de 7%. Cette proportion pourrait même être beaucoup plus élevée, car de nombreux marchés internes n’ont pas encore été décelés. L’estimation la plus plausible statuerait aux alentours d’une augmentation de 10% sur 25 ans. Le domaine des appareils électroniques totaliserait à lui seul entre 100 et 200 milliards de dollars annuels par année, pour un marché global qui avoisine le billion. Le secteur pharmaceutique et la contrefaçon de médicaments atteint 10% dans le monde, et entre 25 et 60% dans les pays en voie de développement. Enfin, dans le secteur informatique, qui fait décidemment couler beaucoup d’encre dernièrement, plus d’un tiers des logiciels et des disques seraient piratés.

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