Publié par Samuel Degasne

Oui, le Jack-o'-Lantern, célèbre citrouille édentée, est principalement fêté au Canada, en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Mais ce serait vite oublier qu’Halloween est issue d’une fête païenne celte, autrefois fêtée en France. Objectif : prendre du recul sur la mort pour mieux vivre sa vie... Du moins, avant que l’Église catholique n’impose sa morale.
 

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Les clichés ont la peau dure... Alors que personne ne proteste du "sapin de Noël" médiatisé par les Allemands, l'inconscient collectif reste persuadé qu'Halloween est une fête outre-Atlantique... Et en profite pour cultiver une autre tradition : l’anti-américanisme primaire. Pourtant, si son nom est effectivement un contraction de l'anglais All-Hallows-Even (« the eve of the all saints day » : la veille de la Toussaint) et laisse supposer une origine anglo-chrétienne, la célébration tire son origine de Samain (Oíche Shamhna en gaélique ou Samonios en Gaule). Une célébration, vieille de plus de 2 500 ans, qui a perdurée chez les Celtes du Nord (Irlande, Écosse, Pays de Galles…) en raison de leur évangélisation tardive et qui s'est exportée lors des vagues d’émigration (Canada, Nouvelle-Zélande, États-Unis...).

La Toussaint ? Un p'tit jeunot imposé quelques centaines d'années plus tard, par les papes Grégoire III et IV (vers 840). Car chaque fête religieuse du calendrier français, y compris Noël, correspond à une ancienne fête païenne (et remplacée dans un but prosélyte). Deux visions s’affrontent alors. Plutôt que juger la mort comme un passage, Halloween atteste une fatalité naturelle qui met en valeur la vie, autant qu’elle permet de braver ses peurs et libérer la créativité artistique.

Lors des nuits du solstice, les Celtes croyaient ainsi que les mauvais esprits profitaient des nuits plus longues de l’hiver pour tourmenter les vivants. Une peur ancestrale commune à beaucoup de traditions (agissant comme symbole du remord ?). C’est pour cette raison que de la nourriture est donnée en offrande pour apaiser ces esprits. Ou encore que les enfants se déguisent pour passer inaperçus parmi eux. Le noir y symbolise la nuit et la mort, tandis que l’orange évoque les lueurs de l’aube et la citrouille de Jack-o’-Lantern (un esprit farceur irlandais, condamné à errer après des démêlés avec le diable).

Et chez nous ?
Durant ces célébrations druidiques, les Gaulois avaient l'habitude de pratiquer une cérémonie de clôture, afin de s'assurer que la nouvelle année se déroulerait sereinement. Par tradition, ils éteignaient leur feu de cheminée, puis se rassemblaient autour du feu sacré de l'autel, où le feu était aussi étouffé pour éviter l'intrusion d'esprits maléfiques. Chaque foyer recevait des braises pour rallumer le feu dans leur maison, protégeant ainsi la famille des dangers de l'année à venir.
Du XVe siècle jusqu’au début du XXe siècle, les enfants du Finistère (Bretagne), avaient également pour coutume de sculpter des têtes dans des betteraves et des navets à l'approche de la Toussaint, voire de jouer des tours à leurs voisins. De la même manière que, jusqu’en 1990, la Rommelbootzennaat (« nuit des betteraves grimaçantes ») était une tradition célébrée en Moselle dans le Pays de Nied et dans le land de Sarre.

D’autres manifestations internationales traitent du même rapport à la mort : la Nuit de Walpurgis en Europe du Nord, la Fête des Fantômes en Chine, Hop-tu-Naa à l’île de Man, O-bon au Japon, la célèbre Nuit des Morts au Mexique…

Preuve que notre patrimoine ne se niche pas toujours là où on le croit.