Publié par Cinextenso

Olivier Marchal, l’homme qui a su dynamiser un polar français sclérosé par ses téléfilms, est de retour. L’intégrité et la vengeance concluent ainsi ce cycle au royaume des flics entamé avec « Gangsters » en 2002. Un film noir, certes, et à la photographie surexposée, mais qui préfère parfois la dualité esthétique à une véritable unité viscérale ou malsaine.

MR73.jpgLouis Schneider, flic au SRPJ et meurtri par des névroses obsessionnelles, mène une enquête sur un tueur en série marseillais. En parallèle, Justine renoue soudainement avec son passé lorsque Charles Subra, l’assassin de ses parents 25 ans plus tôt, risque d’être libéré de sa perpétuité pour bonne conduite. S’en suivent alors deux destins solitaires et blessés qui, une fois réunis, vont tenter ensemble de faire face à leurs drames familiaux. Et du passé, il en est autant question dans le fil rouge du film que dans le casting initial. A l’origine prévu pour Jean-Paul Belmondo, puis pour Gérard Depardieu, c’est finalement Daniel Auteuil, l’acteur le mieux payé du cinéma français, qui s’est vu offrir le rôle principal. Le titre du film fait d'ailleurs référence à l’arme de poing calibre 357 Magnum des ateliers Manurhin. Sorti en 73, ce six coups d’une grande précision est avant tout utilisé par des unités d’élite comme le GIGN ou le Raid. Un symbole de plus d’une police révolue auquel s’attache à décrire Olivier Marchal. Une nostalgie qui contraste cependant avec la stratégie de communication des studios qui ont invité une vingtaine de blogueurs influents pour assurer la promotion du dernier volet de cette trilogie.

Pose ton gun

« MR-73 » marque en premier lieu par son étrange résonance sur les problématiques perpétuité/récidive face à la rédemption et l’oubli développées récemment par Rachida Dati. Mais ce ne sont pas les seules évocations d’un cinéma du réel. Au-delà du scénario inspiré d’une histoire vraie, Olivier Marchal semble se cacher dans l’ombre de ses personnages. Tout d’abord sur le fond, l’institution et la morale bafouée écrasent ses garants dont le sacerdoce est donné en pâture aux guerres internes. Les affaires n’y sont jamais classées éternellement, se rappelant aux souvenirs de la mémoire ou de l’administration. On reconnaît aussi Marchal dans le traitement de l’intrigue, accumulant les personnages décalés et mal rasés, trahis par les siens et inhalant assez de fumée pour affoler n’importe quel ministre de la Santé. Attention cependant, une erreur s’est glissée dans une séquence, laissant un Daniel Auteuil allumer sa cigarette à l’envers.

Olivier-Marchal.jpgDouble détente
Il surgit alors un diptyque intéressant avec le précédent « 36 quai des Orfèvres » : la confrontation Paris / Marseille, l’ange déchu et le ripou, l’action face au mal qui ronge. Même la fin du film n’échappe pas à cette lecture binaire offrant la vie quand la mort en vole une. Pour autant « MR-73 » laisse entrevoir un aspect de la vengeance relativement différente. Il s’agit d’avantage ici d’une lutte – alcoolisée et obsessionnelle - pour l’éthique qu’une simple revanche personnelle. Et si le dynamisme fait parfois défaut au profit du réalisme, en témoigne la violence suggérée des scènes de crime, Olivier Marchal démontre qu’il maîtrise son univers. Lumières blafardes, caméra à l’épaule, entrepôts désaffectés, grain parfois abîmé de l’image… La patte du maître est bien présente. Son épouse, Catherine Marchal, se révèle être une beauté froide crédible, tandis que Guy Lecluyse, injustement connu pour sa voix dans l’émission « Motus », s’avère être ici un sbire malhonnête des plus impeccables. Quant à Daniel Auteuil, il joue sa partition sans véritable surprise mais sans fausseté, car on lui savait capable de la prestation au vu de ses précédents rôles.

En conclusion,
« MR-73 » est un film noir et honnête, qui souffre malheureusement de la comparaison avec son prédécesseur, mais qui n’en fait pas pour autant un objet inintéressant. Reste que l’on regrette parfois une bande originale à peine angoissante de la part de Bruno Coulais (« Rivières Pourpres », « Les Choristes », « Brice de Nice »), une exploration psychologique sans réelle profondeur et un cadre nocturne peu appuyé, afin que le film atteigne enfin ses ambitions de départ.

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