Publié par Cinextenso

Derrière l’apparente facilité du scénario - une équipe de journalistes, chargée de suivre le quotidien nocturne de pompiers barcelonais, se retrouvent au centre d’une intervention qui tourne rapidement au drame - le film se révèle d’un effrayant réalisme grâce à son mode « caméra au poing ». Si efficace que les américains en éditent un remake pour fin 2008.

Récompensé trois fois au festival du film fantastique de Gérardmer, [Rec] est né de l’idée de la matérialisation d’un cauchemar crédible, s’étendant en flux tendu pour maintenir le spectateur en haleine. Mission réussie pour les deux réalisateurs Jaume Balaguero et Paco Plaza qui ont ainsi puisé dans la télé-réalité et dans des jeux vidéo de survival horror. La première bande annonce avait déjà provoqué le buzz, ne dévoilant aucune image du film, mais la réaction de ses spectateurs filmés en caméras infrarouge. L’initiative avait alors déjà alerté sur sa forme. Et si cette forme évoque logiquement Projet Blair Witch, le lointain Cannibal Holocaust ou le mitoyen Cloverfield, [Rec] fait une plus grande part à l’improvisation, ne confiant que des scripts incomplets aux acteurs afin de conserver un certain dynamisme naturel et un sens du réalisme.

Le film espagnol exploite au mieux son principe subjectif et anxiogène : les protagonistes s’attaquent directement aux spectateurs tandis que l’unité de lieu renforce la promiscuité. Le tout a des allures de train fantôme qui emprunterait ses recettes à Résident Evil ou Silent Hill (obscurité, énigmes, immuabilité). En effet, le spectateur se rend très vite compte que le destin doit s’accomplir et est noyauté par niveau. Mieux, que les principes d’articulation et le traitement effectué sont plus importants que la cohérence de l’histoire (pourtant estimable). Et, malgré les emprunts réguliers à Romero (maître des zombis), l’effet obtenu par l’absence de moyens souligne la relative intelligence du film face à la surenchère de blockbusters du type I am a Legend.

On ressort donc à la fois stressé et euphorique de ces 90 minutes sous tension. Un film qui malheureusement risque de rester inaperçu en raison de son amalgame avec d’autres avatars adolescents. Pour autant, il est vrai que [Rec] n’invente rien, ou peu, mais le film ne se permet ni temps mort, ni excès d’hémoglobine. La situation est limpide (contrairement au Projet Blair Witch) et ne souffre pas d’une caméra épileptique. La psychologie des personnages n’est pas poussée mais suffisante pour comprendre la paranoïa qui s’empare d’eux et pour partager leur angoisse. Sans nul doute, l’un des meilleurs films d’angoisse de cette année pour ceux qui sauront s’accommoder de la forme et de la version originale.


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