Publié par FJM Publications


Las de perdre des fidèles et d’accueillir la relève de familles intégristes et bourgeoises, l’Eglise catholique se lance dans l’exhibitionnisme chrétien à travers la musique. Et même si les nouveaux croyants oublient rapidement avec quelle force l’obscurantisme ou le pape a tenté de faire interdire le rock et autres sons païens, le Christ a lui aussi droit au sacro saint marketing. Les pasteurs colonisateurs ont été remplacés par des chanteurs. L’évangélisation est désormais en marche.


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Crise de foi
La création d’un groupe de rock chrétien ou de pop-louange n’est évidemment pas à remettre en cause. Chacun est en effet libre de ses opinions et si la foi est un quotidien pour les croyants, il parait donc logique qu’une partie de leurs actions retranscrivent cette appartenance. Ce qui est plus paradoxale en revanche, c’est le combat qu’a mené à travers les siècles l’Eglise catholique contre certaines formes d’Art, et en particulier la musique non religieuse. Elvis Presley apparaissait blasphématoire avec ses reprises gospel aux yeux des dirigeants chrétiens. Ses déhanchés évocateurs ayant enfoncés le clou, on fustigea à l’époque la prétendue décadence de la jeunesse qui se détournait de ses valeurs et de ses traditions à cause du rock. Le pape lui-même a d’ailleurs rappelé dernièrement son opposition à ce style musical, en compagnie d’une catégorie de fidèles traditionalistes.

Il est évident que le chef de l’Eglise n’est pas aveuglement suivi par la majorité de ses adeptes. Dès lors qu’une doctrine a été établie, il revient à ces derniers le droit d’être en désaccord avec les dirigeants, tout en continuant à pratiquer leur culte. Ce qu’il faut en revanche noter c’est l’appui du Vatican envers certaines formations musicales qui, non content de rajeunir ses fidèles, peine à cacher sa volonté de diffuser un message par ce biais. A force de promotion, on peut même s’interroger sur l’éventualité d’une propagande. Le pape a déclaré en 2002 à Castelgandolfo : « Que Dieu bénisse cette œuvre d’évangélisation. » Le cardinal Poupard, président du Conseil pontifical pour la culture, les soutient également en rappelant « la nécessité de toucher les jeunes par des outils modernes. »

Enfants de chœur en croisade
Parmi les nombreux groupes qui occupent la scène, on trouve notamment Spear Hit. Créé en 1999 à Toulouse, ce groupe diffuse leur message religieux à l’aide du reggae. Les titres et les textes des chansons sont explicites : « Babylon system, on n’en veut pas. On veut du holy system, les man rien que ça. Babylon system, on n’en veut pas. O Jésus-Christ, on a besoin de toi. » Les White Spirit, cinq rockeurs alsaciens de Colmar, ont même eu le droit, après seulement la parution de leur premier album, de réaliser la première partie de Simple Minds. Steven Gunnel, l’ancien chanteur du boys band Alliage, s’est lui aussi lancé dans le genre. Ses textes sont imprégnés de sa récente révélation pour la religion : « J’ai connu de grands bonheurs, mais aussi une véritable descente aux enfers. Témoin du mal-être de ma génération, je veux lui redonner espoir, car c’est lorsque l’on quitte le chemin que l’on perd sa vérité. » Naïveté touchante ou égo démesuré ?

MGLP013-Resurrection.jpgLe groupe Feelgood explique sa démarche par sa volonté de transmettre l’espérance chrétienne dans un langage poétique. Fondé en 1998 par des membres impliqués dans leur paroisse, ils ont alors décidé de faire des concerts en dehors des églises en revendiquant leur rôle d’« évangélisation ». Profitant d’une traversée du désert pendant 15 ans, le rock chrétien français a également vu l’arrivée de MAMguz qui affirme vouloir apporter leur « contribution spirituelle à la musique ». Odette Vercruysse explique son geste par : « Je passerai ma vie à dire à tous mes frères que tu es bon, les mains ouvertes devant toi, Seigneur, pour t’offrir le monde. » Le père Pierre Eliane s’est contenté de mettre en musique les poèmes de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.

Il faut savoir que 20% du marché du disque américain est partagé par les 5 000 groupes de rock chrétien. Glorious, sorte de boys band français, est une des conséquences de ce phénomène. Un chapelet au poignet, des dreadlocks et un tee-shirt « Jesus all star, soldier ever » sur le torse, le trio entre 19 et 24 ans a vendu 20 000 CD sans la moindre promotion. Transbordeur de Lyon, Zénith de Toulon ou bien encore la Cigale à Paris, Glorious explique que Dieu les a choisi. Un courant très loin de l’interprétation de Sœur Sourire qui hurle à la foule : « Vous êtes venus pour applaudir le Christ. Jésus, the best of the world in my life. » Ils sont relayés par Deeday à Pau, P.U.S.H. à Genève, Nannup à Lens ou encore Karisma à Lyon. Des festivals spécialisés apparaissent comme celui de Pâques à Chartes, Cathocréazic en Belgique, Bâtir sur le roc…k à Laval ou le Radical Festival de Liévin. Sur un fond d’écran est projeté l’image de la croix ou du pape. Un million ½ de fidèles rassemblés devant le pape, c’est un sacré public potentiel…


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> Témoignage
"Le rock est une invention du diable"
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