Publié par Rue89

Oubliée la crête gélifiée, le noir et le fluo, les slims ou les singlets moulants. Au printemps dernier, les adeptes de la Tecktonik ont vu d’un mauvais œil l’arrivée en France du Melbourne Shuffle. Nouvelle lubie, nouvelle danse et mode vestimentaire, le Melbshuffle est aux pieds ce que la Tecktonik est aux bras.

La Street Dance - appellation générique pour ces danses venues de la rue - fait son grand retour dans les médias grâce notamment à son exploitation dans les clips Rap ou R’n’B. Dans ce contexte de réappropriation et de métissage, deux principaux mouvements américains avaient par ailleurs donné le ton, dépassant leur simple statut initial. Il y eu par exemple le New School (ou New Style), exploitant à son avantage des mouvements rapides et combinant d’autres danses comme le Popping, le Boogaloo ou la Wave Dance. Puis, nous pouvons noter entre autre le Krump (ou Clowning), mélangeant dans un esthétisme tribal des figures acrobatiques. De beaux exemples de synthèse d’héritages culturels, soulignant chaque fois l’importance sociologique liée à ces émergences et la mutation de l’espace public en un gigantesque terrain de jeu.

Mais au-delà même du Melbshuffle, de nombreuses danses avaient bien évidemment capitalisé sur les mouvements des pieds et des jambes. Le JumpStyle belge, par exemple, consiste en un enchaînement de sauts sur une rythmique appuyée. D’autres variantes sont connues, à l’image du Hardjump, y intégrant des notions plus ou moins chorégraphiées. Enfin, plus récemment, le Footworkin’ (ou Jurkin’) de Chicago et ses refrains accélérés sur des beats acides donnait dans le remix Riverdance du Break Dance traditionnel.


Le courant est né au début des années 80 au sein de l’underground australien


Le Melbshuffle (ou Shuffling, Melbourne Shuffle) est issu, comme son nom l’indique, de Melbourne. Mais si les Djs étrangers nomment ainsi le style pour illustrer son croisement entre « la danse du poulet et celle du robot », c’est seulement en 92 que le mot  apparaît en Une du journal The Age. Bien que ringardisé dans les années 90, le style a finalement fait son grand retour grâce aux nombreuses vidéos des plateformes d’hébergement en ligne.

Les mouvements de base combinent le Moonwalk et un martèlement du pied. Certains danseurs n’hésitent d’ailleurs pas à recouvrir le sol de poudre de talc pour faciliter la sensation de glisse. Plus rarement, quelques variantes intègrent les bras ou des sauts pour compléter ces pas stylisés. Au niveau vestimentaire, les danseurs utilisent principalement des phats (pantalons larges et évasés en bas) pour cacher les pieds et des sweats à capuche ou des casquettes. Dernièrement, certains ont même opté pour des pantalons corsaires, afin de mettre davantage en valeur leur jeu de jambes.

Côté musique, la composante principale était à l’origine le triptyque Jazz / Acid / House. Au fur et à mesure, c’est la très populaire Transe Music du début des années 90 qui pris le relais, puis finalement le HardStyle et l’Electro à l’arrivée de la House Minimale. Très prisé en Hollande, en Belgique et dans le Nord de la France, le HardStyle (130-150 bpm / battements par minute) est également utilisé pour le JumpStyle et la Tecktonik.


Les aficionados sont en majorité métropolitains avec une moyenne d’âge de 15 ans


Si la France connaît un retard relatif en la matière, le Melbshuffle a lui déjà gagné le Japon et l’Allemagne depuis quelques années. Il est également présent dans quelques raves parties du Royaume-Uni et de la Thaïlande (Koh Phang Ngan). Des compétitions sont même organisées en Lituanie ou en Malaisie et un documentaire intitulé « Melbourne Shuffler » est sorti en DVD en Australie à la fin de l’année 2005. Dans le Sud de la France, la danse se développe grâce à quelques boites de nuit, telles que l’Inox Electronic Club à Toulouse ou encore le Barlive à Montpellier.

Suite aux nombreuses critiques à l’encontre de la Tecktonik, le contexte actuel pourrait bien favoriser l’émergence du Melbshuffle en France. En effet, au-delà du débat portant sur son cigle de l’aigle héraldique propre aux empires (de Charlemagne en passant Napoléon et les nazis), le terme « Tecktonik » est en France une marque déposée par Cyril Blanc et Alexandre Barouzdin, de la discothèque Metropolis à Rungis. Il est donc impossible d’organiser une soirée employant ce terme sans un accord préalable, contrairement à la majorité des mouvements de danse. Enfin, depuis décembre 2007, TF1 Entreprises est devenu l’agent international de la marque. Certains danseurs veulent ainsi se détacher de cette dénomination « Tecktonik » et choisissent volontairement l’appellation Danse Electro pour éviter toute récupération.

Face à cette surenchère, le ton est donné. La Street culture du Melbshuffle aura-t-elle raison des fins commerciaux de la Tecktonik ?

LIEN
> Analyse de la
Tecktonik


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