Publié par Longueur d'Ondes

3 ans et 57 rencontres ont permis de dessiner avec justesse la relation qu’entretienne les artistes avec la chanson. Entre sociologie, psychologie et Histoire, les 820 pages de ce livre offrent un panorama complet des différentes typologies de chanteurs d’Aznavour à Kent, en passant par Agnès Bihl, Michel Fugain ou encore Yves Jamait.

Que sont les Editions Tirésias ?
Nous ne sommes pas un éditeur indépendant, mais « parallèle », car nous avons des obligations envers un imprimeur que nous ne pouvons sous-payer. Ce sont nos choix qui font la différence. Nous sommes donc différents, oui, mais pas plus indépendant qu’un autre. Nous travaillons sur la mémoire, sur le sens des mots. C’est un rôle social que nous accomplissons depuis 89. Certainement l’une des raisons pour laquelle notre bureau est le moins tagué du 18ème parisien.


Ce livre est-il une déclaration d‘amour ou de la didactique ?

Il appartient à la mémoire collective. Il n’y a pas de résistance sans poème et il n’y a pas de vie sans chanson. La chanson est la chose la plus universelle et intemporelle. Elle nous évoque des souvenirs heureux, malheureux ou historiques. Et c’était encore plus saisissant quand la chanson n’avait ni image, ni métier. Elle n’était alors qu’un rêve sur papier, distribué dans la rue.


Une bonne chanson, c’est quand la créature échappe à son maître ?

Exactement. Nous accompagnons la chanson. Nous nous l’approprions. Elle raconte notre vie. Mais c’est aussi à travers un interprète que l’on s’identifie. Nous avons d’ailleurs été surpris des références des artistes. Pour tous, c’est Ferré. Puis seulement Nougaro, et enfin Brassens. Très peu Brel et jamais Gainsbourg. Etonnant.


Comment s’est effectué le choix des intervenants ?

Nous sommes partis de Mireille Mathieu, puis avons envoyé près de 300 courriers. N’étant pas aussi connu que Gallimard, les artistes qui ont répondu présents partent d’une démarche sincère. Ils n’ont plus rien à prouver, à part l’envie « d’être ». C’est un instant de nudité total et nous avons ainsi accompagné leur réflexion. Didier Wampas, par exemple, était à la fois étonné et content qu’on lui pose la question « Pourquoi chantez-vous ? », car c’est pour lui un choix profondément politique.


Des souvenirs marquants ?

La poésie contemporaine d’Allain Leprest, la finesse de Mandelson, les questions existentielles d’Akhenaton, la joute verbale sur Ferré avec Thiéfaine… Le public reste souvent avec une image préconstruite de l’artiste. A chaque rencontre, nous avons réussit ici à découvrir l’homme…


Un autre artiste insaisissable, que vous avez rencontré pour ce livre, c’est Loïc Lantoine…

Il est davantage non saisissable qu’insaisissable. Loïc porte la souffrance et la nostalgie des banlieues Nord d’antan. Il se réclame de la sphère populaire et ouvrière. Même similitudes que Patrick Sébastien : quand Loïc veut ne pas passer pour un intellectuel, l’autre fait en sorte qu’on le prenne pour un con. Pourtant, les deux ont le respect du travail et une connaissance pointue de la chanson.


Quelles similitudes avez-vous trouvé dans les parcours de chacun ?

Il semble difficile de vieillir pour une femme. Certaines ont souvent été roulées dans la farine, réduite à un jeu du corps et un objet de désir. C’est frappant de voir la rage qui habite Keny Arkana, sa volonté de sortir de sa condition féminine. A l’inverse, Gilles Servat a un discours intéressant sur le genre des mots. Chez lui, la mère est masculin.


Qu’ont pensé les artistes de cette démarche ?

Guizmo (Tryo) a gardé de nous un souvenir heureux. Akhenaton nous a même fait visiter la montagne où il se promène à vélo, avant de repartir aussi vite qu’il nous est apparu. Beaucoup, comme lui, ont pu s’exprimer sur leurs origines étrangères. C’est une véritable relation de fierté qui a été le socle de leur cheminement. Pour Cali, je pense que ses photos sur scène ne sont pas si étrangères à notre venue. Il y en a même un qui nous a dit : « Ma maison n’est plus la même depuis votre passage... »

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Photos : Tit


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