Publié par Webcover officielle Vieilles Charrues


Depuis le début des eighties, le rockeur du New Jersey est - certes - venu une trentaine de fois en France, mais seuls neuf de ces concerts étaient en Province. Justice est désormais faite. Carhaix, bourgade de 8 000 habitants du Centre-Bretagne, a accueilli le Boss aux Vieilles devant près de 50 000 spectateurs. 
 

 

59 ans, une garde rapprochée à faire pâlir quelques chefs d’Etat, le jean foncé et la chemise grise trempée au bout de la deuxième chanson… Bruce tout-puissant sait encore se défendre. Et ce n’est pas une petite pluie fine locale qui va ravaler l’immense sourire qui traverse sa mâchoire carrée. Ni même l’inaugural « Bonjour Carhaix, ça va ? » traduit en breton, sûr qu’il est, de l’effet produit au festival.

Premiers accords, et c’est un « Badlands » qui est jeté à une foule attentive en guise d’amuse-bouches. Le batteur Max Weinberg et le guitariste Nils Lofgren sont bien là, accompagnant le maître de cérémonie. Deux heures trente de cavalcade vont suivre, soit 26 morceaux. « Out in the Street », « Youngstown », « Darkness on the Edge of Town » Tout passe, même le « Johnny 99 », dans une version électrique loin du titre intimiste original, sur lequel Bruce demande à la foule de mimer le tchou tchou du train.

Si les nouveaux morceaux semblent, pardon pardon, un peu plus plats que l’ancien répertoire, « Outlaw Pete », et son esprit cowboy de prairie, colle tout de même à l’ambiance du pré de Kerampuilh. Le Boss enfile même un chapeau pour l’occasion. Springsteen enchaine ensuite sur un même rock old school et généreux : un « Tenth Avenue Freeze Out » et un « I'm Going Down » piochés sur les pancartes du public comme à l’accoutumée, « The River Lonesome Days », « The Rising » ou encore « Born to Run » pour la suite. La route 66 n’est pas loin et Springsteen ne cesse de faire des allers-retours sur le devant de scène.

« Because the Night », chanson écrite pour Patti Smith à la fin des années 70, s’exécute avec le traditionnel lancé de guitare au roadie. Peu après « Glory Day », le fils de Springsteen - Evan - le rejoint sur scène pour un morceau. Le paternel parodie ensuite son clip « Dancing in the Dark » en choisissant une girl dans le public, portant ici le panneau « French Courtney Cox » (l’actrice jouant dans le clip initial). Effet garanti. « Americain Land », traditionnelle folk song irlandaise, est également de circonstance en terres celtiques, juste avant une version prolongée et latino de « Twist and Shoot » des Beatles, mélangée à « La Bamba » survoltée de Richie Valens.

Concert main stream ? Il est vrai que le chanteur, et ce malgré l’absence de « Born in the USA », de « Streets of Philadlephia » ou de « The Wrestler », a davantage essayé d’élargir son auditorat plutôt que de contenter ses fans, conscient qu’un festival réunit différents publics pas nécessairement acquis d’avance.

Dans une débauche de générosité non maquillée à la fin de son concert, Springsteen mime de s’écrouler pour que son groupe le réanime à coup d’essorage d’éponge, tel le boxeur du rock US donnant son dernier round. Mais le voici qui se relève, prolongeant ainsi son final. Il est minuit 13. Le concert se clôture sur un « Kenavooo ! » retentissant. Aux organisateurs, le boss dira simplement « Just a perfect day… », après avoir confié au régisseur technique un carton de t-shirts pour remercier l’équipe du festival.

Décidément. En plus d'être the Boss, Springsteen a su se montrer grand seigneur.

Merci patron.


Photo
© Pierre Iglésias