Publié par Respect le Mag

Quand les uns rêvaient de cambrioler les villas, les autres espéraient les habiter un jour. En plein air de zapping, de piratage numérique et de surpuissance des majors, la révolution a-t-elle toujours la même saveur ?

> Medhi Sabeur (Groove)
« Dès le début du rap, il y a eu des collaborations avec le rock : No One is Innocent, Run DMC et Aerosmith ou la BO Judgement Night. Les rappeurs utilisent des samples Rock pour s’éloigner des classiques influences Soul/Jazz et intégrer une dynamique. S’il y a eu affrontement, c’était juste pour s’imposer face à un Rock rentré dans les mœurs. Il y a peut-être eu une lutte entre les bourges blancs et les revendications de la banlieue, mais ça n’est plus le cas. Dans les deux styles, il y en a pour tous les publics. Le Rap ne peut pas mettre de barrière, parce qu’il en a lui-même eu. Ce n’est donc plus une question de goûts aujourd’hui. Etre rebelle, c’est une façon d’être. »

> Philippe Lebreton (Régie Public)
« La musique s’est plus souvent construite sur des affrontements de publics (et non de groupes) : Beatles/Rolling Stones, Blur/Oasis, Nirvana/Sonic Youth, etc. Le Rap a tenté de s’imposer en terrain conquis, avec ses propres codes, sa dimension sociale et ses stratégies marketing agressives. Pour une partie (seulement), son succès s’explique avec l’émergence d’une nouvelle population qui s’estimait délaissée par la République. Face à un Rock qui commence à séduire les majors, le discours paraissait plus radical. 20 ans plus tard, les expérimentations de Rage Against The Machine, la BO de Spawn ou même Korn ont prouvé la complémentarité des deux styles. Désormais, en pleine suprématie du papillonnage, être subversif c’est s’être affranchi du patrimoine d’hier pour créer celui d’aujourd’hui. Dj Zebra et ses bootlegs a en tout cas réussi. Ne pas être Rock ou Rap, mais les deux. »

> Géraldine Bouton (UrbAct)
« Beaucoup de rappeurs ont été influencés par le rock. Joey Starr n’est-il pas un fan de Trust ? Passi et Johnny ne sont-ils pas les vrais médiateurs de cette guerre avec leur duo tellement tubesque que j’en ai oublié le nom… Ce serait dommage de limiter un style musical à une catégorie sociologique. Il est facile de s’arrêter aux clichés : le rap des banlieues et le rock du XVIème, même si on voit actuellement un pseudo revival rock avec les fils à papa de Naast. La dernière décennie n’a pas vu naître de tendances musicales innovantes. Aimer un genre musical particulier ne fait pas de quelqu’un un indiscipliné. Quoique Punk is not dead… »

SUITE
> La guerre des ondes ?
>
Evolution des publics