Publié par Cinextenso

Au prise avec une ville sans saveur et ni issue, un homme se bat contre une société à la photographie épurée et à l’uniformisation inquiétante... Pas de doute, le second film du norvégien Jens Lien brouille ici les pistes et prouve que l’économie de moyens et de paroles peut tout autant faire un grand film. Grand vainqueur de l’édition 2007 du festival de Gerardmer avec quatre prix, cette fresque intime signe un univers à la fois poétique et angoissant…

En plus de la simplicité de son scénario, ce qui frappe en premier lieu, c’est l’esthétisme de « Norway of Life ». La palette de couleurs est limitée aux tons gris et pâles. Les mouvements de caméras sont lents et offre une version lisse d’une société prête à l’explosion. Un silence lourd et hypnotisant pour mettre tour à tour en valeur un malaise pesant ou un humour burlesque. Un climat stérile d’oppression, renforcé par l’univers froid de la Norvège et la synonymie de ses habitants.

Impossible de deviner la part de rêve et de réalité dans cette ambiance nous ramenant à nos propres angoisses du stress urbain. Le film s’installe doucement, distillant quelques légères clés au fur et à mesure que l’intrigue avance. C’est surtout la modernité et la culture de masse qui sont traitées avec une bluffante banalité, contrastant les rares scènes violentes et colorées.
Les personnages sont sains, tristement sans problème, et n’ont comme seule distraction que le choix assumé  du futur design de leur maison. Même les rapports amoureux y sont interprétés sur un mode de consommation dont la seule issue reste la routine.

Et lorsque le salut apparaît à travers un trou d’une cave laissant échapper odeurs nostalgiques et musique réconfortante, le film insiste à ne pas répondre à ses questions pour nous confondre dans nos doutes. L’espoir est pourtant là, cette quête du « vrai » et de la spontanéité, mais pour être rapidement digéré par la censure, la communauté et les tendances suicidaires du héro. Dans cette prison au goût de doux enfer ou de paradis pervers, la rêverie ne semble pas l’emporter sur les nécessités matérielles et la raison collective.

Pas aussi torturé qu’un David Lynch, pas aussi sadique qu’un David Cronenberg et pas aussi fantasmé qu’un Michel Gondry, le film trouve malgré tout un savant équilibre à la sauce nordique entre « Dans la Peau de John Malkovitch » et « Les Secrets professionnels du Dr Apfelglück ». Avec un consciencieux sens du détail, ne présentant ni enfant, magasins ou traces du temps, « Norway of Life » s’avère aussi frustrant qu’il est jouissif. Car laisser ainsi le spectateur aussi hébété devant la conclusion du film en revient à sa principale morale : une douce cruauté.



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