Publié par Samuel Degasne

Un quart de siècle. Jamais un mouvement n’avait façonné et fasciné à ce point la jeunesse sur autant de générations. Grand-père ou éternel rebelle : est-il toujours aussi solide qu’un Rock ?

US et coutumes
Billy Halay, Chuck Berry ? Chacun a sa petite idée sur la création du mouvement. Disons donc que consensuellement, la médiatisation (et non la création) commença le 8 juillet 1954. 
Ce soir-là, Dewey Phillips diffusera 7 fois de suite une chanson étrange lors de son émission " Red, Hot and Blue ". Les auditeurs de la radio WHBQ n’en croiront pas leurs oreilles… Une chanson est en train de révolutionner le monde et les mœurs : " That’s all rigth Mama " d’Elvis Presley. Plus rien ne sera jamais pareil dorénavant.

Comme beaucoup de compositions dans l’histoire du rock, cette chanson est née d’un accident. Une improvisation réalisée en studio pendant que les musiciens sirotaient un Coca. Elvis, qui a toujours rêvé d’être noir, s’adonne à une réinterprétation des musiques religieuses black et des quatuors de gospel de l’église d’East Trigg Avenue. On raconte même que le jour de la diffusion de ce titre, le futur King était parti se réfugier au cinéma, croyant se faire huer à la 1ère écoute de ce véritable sacrilège.

D’autres prétendront que le rock a été inventé par Billy Halay ou Chuck Berry. Tout dépend si par " création " on parle de celui qui a influencé ou le 1er artiste médiatisé de ce courant. Le rock en France vint assez tardivement. Ses balbutiements se sont tout d’abord soldé par de simples reprises anglo-saxonnes que l’on a francisées. On se contentait de ne reprendre que la mélodie en traduisant approximativement les paroles. Quoi qu’il en soit, le 1er rock français référencé est une chanson d’henry Salvador en 1956. Les Français ne sont donc pas si en retard qu’on veut bien le prétendre. Néanmoins, la composition est une sorte de boutade à la base. Un texte léger écrit par Boris Vian et Henry Salvador.A l’image des décennies. Et s’il y a deux choses sur lesquelles le public est en accord, ce sont la domination du Royaume-Uni en la matière, ainsi qu’un mouvement en adéquation avec les périodes qu’il traverse. Au départ, le rock symbolise la contestation de l’autorité parentale et l’émancipation des mœurs. Tout comme la Soul, il est ici question de paraître et de sex. Les icônes de l’époque en témoignent : glamour, sulfureuse ou intrépide. C’est une époque qui s’impose comme la fin de la Guerre et le fait que la page soit tournée. Le mouvement le plus important est le rock’n’roll, largement diffusé par les radios.

Dans les années 60, le rock se veut notamment pacifiste, en guise d’opposition à la Guerre du Vietnam. Chacun prend conscience que la musique peut être aussi une arme pour dénoncer les autorités ou influencer l’opinion publique. On y prône l’amour de la vie et crée des événements fédérateurs. De plus, les avancées techniques font naître des guitar hero (soliste de la guitare électrique). Par le biais de festivals, on croise majoritairement du folk et du blues. Les années 70 correspondent à l’année des expérimentations. Tant au niveau drogue que dans la musique. Les leaders de l’époque sont en grande partie constitués de groupe. La musique ne cesse de chercher ses repaires, prolongeant la durée des chansons, les métissages et les moyens techniques. Le public sollicite un goût pour l’ésotérisme et l’insouciance. C’est la grande révolution du psychadélisme et du rock progressif relayés par les vinyles.

Un virage fondamental arrive avec les années 80. Les groupes de cette époque vont d’ailleurs vivre une longue traversée du désert pour la plupart. Le rock correspond à un désespoir, un mal de vivre. On mélange coiffure atypique et synthétiseur moderne. Les stades sont pleins et la new wave et la pop font rage. Dans les années 90, le rock se durcit pour faire face à la précédente décennie. Il passe dans le camp de la rébellion et de l’anarchisme. L’attaque est collective : antimajors et antiracisme. Le monde est alors divisé entre les concerts alternatifs dans les bars, l’implication de la télévision et les rééditions CD. L’essence même du grunge et du punk disparaîtront aussi vite qu’ils sont apparus.

Notre décennie est désormais en manque de repaire. La révolution de l’an 2000 n’a pas eu lieu et les leaders et les fans ont été troqués contre la valeur marchande. Le métissage est constant entre les cultures et les genres, jusqu’à en perdre nos repaires et les étiquettes. La véritable rébellion de ce début de décennies est l’indépendance et le minimalisme. Les mouvements qui arrivent avec peine à sortir leur épingle du jeu sont le métal et la fusion, distribués par Internet et les Dvd musicaux.

Nous sommes dans l'ère du zapping. Esprit Rock : es-tu là ?
On doit la longévité du rock au fait que ce mouvement n’est pas une mode, mais un état d’esprit. Un culte. L’esprit rock, c’est le fait de ne pas tomber dans la caricature, les convenances, le prévisible. Il a gagné tous les lieux d’expressions : les médias, la rue, les cafés, la littérature et les expositions. Mais attention, le rock n’est pas une prostituée, mais bel et bien un électron libre.

Le rock s’est inscrit chaque fois dans la contestation pacifique ou agressive. Aujourd’hui le cynisme ambiant laisse croire que la boucle est bouclée. Il est vrai que l’on vend plus de l’image, et non plus de l’esprit. On écoute désormais la publicité pour sa musique.

Etre rock en 2005, c’est refuser d’imposer sa vérité et tracer son destin contre tous. Ne pas plonger dans la nostalgie, mais attendre le prochain marginal pour se rassurer. Il ne s’agit pas d’être contre tout et tous, mais d’expliquer ses choix. A force de surproductions, nous reviendrons à l’essentiel. Nous avons un besoin incontrôlable d’images, mais il est dangereux de le canaliser et de le cristalliser comme un zoo ou un musée. Le rock n’est pas qu’un vulgaire caillou, mais le dernier témoin.

LIENS

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> Origine des nouveaux courants musicaux
> Musique des 00’s : libertés et individualisme