Publié par Longueur d'Ondes


Rencontre avec l’ancien et mythique animateur radio de France Inter, surnommé le « John Peel français » (du nom de son homologue britannique, réputé pour ses découvertes musicales). Le 25 août 2011, le spécialiste du rock indé avait en effet quitté la station, après plus de 20 ans de service, choisissant entre « musique pas comme les autres » et « vivre au grand air ». Depuis 2012, il collabore avec le mensuel TGV Magazine et le site de la Fnac.


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Contexte : « Je me suis arrêté parce que j’ai toujours été dans le doute. Que Mick Jagger tortille encore du cul à 70 ans le regarde... Moi ? Je me vois mal donner mon avis sur de la musique de types de 20 piges ! Du coup, ça fait 8 mois que je n’écoute plus de musique.  Après avoir enchaîné l’écoute d’une centaine de nouvelles chansons par jour, cette pratique est devenue indissociable de mon ancien métier. Plus de job ? Plus de musique ! C’est simple, non ? Et, pas besoin de me faire mal tout seul, le monde de la musique cesse tout envoi courrier dès que vous êtes loin de leurs yeux… J’en ai été le premier surpris ! Avouez qu’il y a plus classe comme enterrement. »

Evolution du métier : « Les passionnés ont déserté les médias pour laisser la place au commerce. Moi même, je fus une marque. Si si, mais bien malgré-moi… J’ai toujours essayé d’être dans la spontanéité, l’authenticité. Et sur 350 « Blacks Sessions », il n’y a que 10 plantades… N’oublions pas que notre mission est de jouer les intermédiaires entre un artiste et son public. D’accompagner son développement. »

Scène française : « J’ai le sentiment que la musique est morte, non ? Ou alors, c’est peut-être parce que je suis un vieux con… Je trouve, en effet, que la création est inexistante et que, seuls, les épiphénomènes dominent. En France, on sait faire des textes, ok. Mais nous restons peu originaux dans la musique. Par chance, j’ai toujours privilégié le fond à la forme (Murat, Dominique A, Miossec…) mais, même dans ce domaine, les auteurs se font rares. »

Industrie musicale : « Elle s’est cassée la gueule toute seule. Elle n’a ni besoin de nos pleurs, ni de notre aide. De manière générale, je déplore que beaucoup d’artistes veulent gagner de l’argent, avant la simple envie d’exprimer quelque chose. Que reste-t-il de l'époque Radiohead / Noir Désir ? Pas la contestation en tout cas : chacun reste dans sa bulle. »

Internet : « Le web a apporté son lot de projets, mais ça reste seulement astucieux et sympathique. C’est tout. C’est du homade, de la bidouille. Il y a peu d’ambitions. Ah si, peut-être au Moyen-Orient… Voilà un coin qui bouge ! »


Concerts : « Il y a plus de spectateurs dans les festivals ? Normal, les gens sont de moins en moins exigeants… Et puis, faut dire que des types qui bidouillent... c'est bien, hein, mais pas forcément génial sur scène ! Tout ça reste éphémère... Suffit de regarder les anciennes affiches des festivals pour se rendre compte que peu sont encore là aujourd’hui. »