Publié par Longueur d'Ondes


Eternels habitués du hors-piste, prolifiques et imprévisibles, les Rennais ont enfin trouvé leur martingale après s’être délesté de leur tournée/enregistrement avec Didier Wampas. Ou comment une mécanique rock bien huilée, avec treize ans au compteur, est devenue l’un des meilleurs groupes hexagonaux de yeah yeah.

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Découverte des Transmusicales en 2001, Vieilles Charrues en 2003 et une signature chez Platinum records… avant même la sortie d’un premier album ! Les Bikini Machine ont toujours su aller plus vite que la musique. Quoi d’étonnant, donc, de les recroiser ensuite reprenant Jacques Dutronc, se faisant produire par Jon Spencer, remixé par Rubin Steiner, jouant en side project avec Dominic Sonic (pour deux d’entre eux) ou accompagnant Didier Wampas ?
 Dès leurs premières intros, lorgnant sur la cinéphilie sixties (l’excellent « Bikini Theme »), l’urgence communicative et l’insouciance protéiforme se ressentaient.

De cette énergie des débuts est restée une ironie distanciée. Un dandysme narquois qui, chemin faisant et sans snobisme aucun, a su judicieusement préférer l’anachronisme au pastiche. Le virage est palpable sur le single « Où vont les cons ? » (2009) où les textes parlés croisent esprit taquin, clavier et chœurs chaleureux en Anglais. Une réussite. Les BK s’affranchissaient alors des références pour en devenir une. Remplaçant au pied levé, et en plein derby breton, feu les Nantais The Little Rabbits et ex-champions du genre.

2014. Libéré de leurs obligations avec Wampas, les Bikini font leur come-back, sans avoir jamais disparus. Redirection la lumière. Avec un album qui, selon Pat Sourimant (basse, chant, batterie) et Sam Michel (platines, machines, claviers), « marque un tournant dans [leur] discographie ». Pour cause : « des textes plus sombres qui touchent à l’intimité, aux doutes », sans jamais se départir de récréations. Notamment parce la danse n’est jamais loin, tapie dans quelques morceaux. Avec cette même envie de taper du pied ou twister du bassin.

Cette renaissance sait aussi aller à l’essentiel, un peu à la manière du graphiste américain Saul Bass, première inspiration de cette nouvelle pochette et avec qui un rien peut rapidement faire un tout. Sauf qu’ici, c’est le chanteur qui a dessiné. Couleurs douces et passées, personnage énigmatique qui autorise toutes les projections… Les photos pop sont, elles aussi, bazardées pour se réinventer à base de symboles. A l’image de leurs éternels costumes noirs et cravatés, portés sur scène.

Bikini-machine_Bang-on-time.jpgSi, en tout cas, la première écoute nécessite de déprogrammer ses réflexes (combien d’homologues du genre ?), la recette fonctionne dès passée la seconde. Sentez-vous cette démangeaison dans les pieds ? Cette envie de microsillons qui vous chatouille l’oreille ? N’en jetez plus ! Et c’est sans doute ce qui a aussi convaincu Ford en utilisant le single « Stop All Jerk » pour sa dernière publicité. Le fun y est palpable. Une formidable opportunité pour le groupe qui voit là un formidable vecteur pour « toucher un peu plus de gens ». Eux-mêmes y découvrant régulièrement de nouveaux confrères. Touchés, à leur tour, d’être désormais « l’arroseur arrosé ».

Rennes est décidemment en proie à une éternelle actualité artistique. Prenez pour exemple les festivals, entre le best-of de l’émergence locale du côté de I’m From Rennes, fin septembre, et de l’autre, trois mois plus tard, avec les Transmusicales. Une fierté pour les Bikini, intarissables sur la vitalité de leur scène : « il y a une bonne dynamique avec The Decline!, Sapin, Dragster, Les Spadassins, Sudden Death of Star, The Madcaps, The 1969 Club, Success, l'indétrônable Dominic Sonic (le Dorian Gray rennais) ou encore Soul! (le groupe de notre nouveau batteur Romain Baousson)… » De quoi assumer un statut de grands frères ? « Plutôt une motivation » en guise de guitare de Damoclès et « l’occasion de ne plus associer la ville aux seuls Marquis de Sade et Niagara… »

Pourtant, si la ville est dans leur cœur, leur musique reste apatride par ses métissages. Lavée de toute identité de territoire. Un constat acquiescé : « C’est vrai que l’on peut s'y perdre. Nous, ce qui nous plait, c’est de faire ce que l’on veut. » Et tant pis s’ils perdent en chemin l’étiquette « groupe de ». Un choix loin d’être incohérent si l’on prend en compte leurs racines rock, « un style dont on ne connaît pas le père (il y en a plusieurs). Ni même ce qu’il est (en raison des multiples sous-genres). » Pointant l’erreur de puristes qui oublient que le genre est « par définition amenée à évoluer. » But avoué : « Faire en sorte que cette musique reste une belle demoiselle curieuse et non un vieux zombie ». Que les Bikini, troquant Vespa contre grosse cylindrée, ont su embarquer.


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