Publié par Longueur d'Ondes

 

Loufoque, protéiforme et singulière, l’artiste fait rimer chœurs bulgares avec cors de chasse, bruits parasites et caractère en acier trempé. Car sous les invectives malicieuses de cette obsessionnelle du détail, un leitmotiv maniaque demeure : l’Art ne se contracte pas, il se danse.
 

 

Chez vous, l’image est indissociable de la musique…
Effectivement. J’ai toujours  trouvé que les pochettes de disque n’étaient pas très belles, de manière générale. Cette obsession pour l’esthétisme me vient à l’origine de mes études en Histoire de l’Art. La suite s’est imposée à moi : des amis graphistes, un conjoint affichiste et des aventures esthétiques avec Philippe Decouflé Anne Feinsilber ou bien Titouan Lamazou.

Comment votre processus créatif s’exerce-t-il ?
Prenez mon dernier album « Tableau de chasse » … Chaque chanson a été écrite à partir d’une sculpture ou d’une image. Je me suis ruiné en droit de reproduction ! (Rires) « L’Epave » m’a par exemple été inspirée par Rodin. Tout comme Claudel, j’en suis fan. J’aime me mettre à la place du sculpteur, imaginer le bruit du métal (un son par ailleurs réutilisé dans mes rythmes) et comprendre l’acte de créer à partir d’un simple et morne caillou. Idem pour les peintures mystiques et religieuses du musée du Louvre. J’ai l’impression d’entre le chant des anges. D’où mon envie de reproduire cette sensation dans mes chansons. Je peux justifier le moindre de mes arrangements. Rien n’est fortuit.

Au fond, n’est-ce pas un prétexte pour parler de soi ?
Tout à fait. Ca n’est rien d’autre. J’aime écrire à partir du concret, mais j’ai un univers très personnel. C’est tout de même un métier très narcissique… Et je fais avant tout des chansons pour moi. Instinctives et intuitives. Sans me comparer forcément à eux, j’aime l’adage de Radiohead et de Björk : mettre la créativité au service de la notoriété. Et sans consensus.

Le recours à la vidéo oblige-t-il à sacrifier l’aspect spontané du concert ?
Non car je suis plus forte sur scène. Je n’ai jamais le tract. Toute seule, je peux même tenir plus d’une heure. Dès fois, je suis mal lunée, d’autres fois je peux être drôle. Pas d’artifices. En concert, je suis seul avec mes choristes. Pas besoin d’une grosse section derrière. Je n’ai pas de tubes, donc chaque soir est un combat autant qu’un défi. Il faut être courageuse. Rien n’est jamais gagné. Et j’ai annulé un seul concert dans ma vie : j’avais une pneumonie…

Et comment appréhendez-vous les dates ? Le contexte peut être primordiale…
Je considère les dates dans leur globalité. La chaleur ne s’attend jamais là où on l’attend. Une tournée, c’est une colo. On enchaîne les dates sans visiter les villes.

Vous êtes terriblement exigeante avec vous-même…
Il faut être bien accordé avec son label. Moi, je possède une liberté incroyable. Je me dois donc d’être audacieuse et atypique. Je sais également que j’ai un public fidèle et intelligent. Une chance dans un pays culturellement riche mais aux contours parfois un peu fascistes. Ici, on enterre les gens vivants. On est à la ramasse. Et beaucoup vivent sur leur acquis. La variétoch’ n’est vraiment pas faite pour le long terme. C’est longue une pente ascendante… Et ce type de carrières est loin de me faire rêver.

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Photo : Julien Bourgeois