Publié par Longueur d'Ondes

De son vrai nom Mladen Derek, cet animateur de radio et journaliste fut – de 1994 à 2002 – témoin de l’explosion des émissions de libre-antenne sur Fun Radio (Lovin’Fun, Le Star System). Ancien collaborateur de Laurent Weil et auteur de la série « Samantha Oups ! », il anime notamment les matinales de Ouï Fm. Entrevue sur le piratage, suite à la sortie prématurée, et en téléchargement illégal, de l’album des Daft Punk.


Daft-Punk« Nous, à Ouï Fm, nous avons attendu que la maison de disque envoie la version officielle du dernier Daft Punk pour la diffuser. Notre politique n’est pas de courir après l’exclusivité, si elle est hors-la-loi. Ni même, soyons honnêtes, d’aller à l’encontre d’un fournisseur (en l’occurrence : une maison de disque). Et même si je plaisante à l’antenne sur le téléchargement, m’exprimer à titre personnel pourrait faire trinquer la radio – en sa qualité de diffuseur.
Je reste malgré tout persuadé que quand un album est bon, les ventes suivent. Pour preuve : j’ai acheté le dernier Phoenix sur iTunes (ndla : l’album « Bankrupt ! » a été piraté un mois avant sa sortie officielle) et avais précommandé le Daft Punk. Mais je comprends qu’on soit tenté par le téléchargement illégal quand on gagne le smic...

J’ai surtout l’impression que s’il y a arrogance de la part de l’internaute, c’est davantage envers la maison de disque qu’à l’encontre des artistes. Beaucoup de multinationales vivaient jusque-là sur leurs acquis et il est vrai qu’il est difficile pour être un artiste de suivre la même temporalité que celle des réseaux sociaux. C’est une telle accélération du temps médiatique ! Ok. Mais, je le répète, on sent malgré tout qu’il n’y a pas la volonté de nuire aux musiciens, mais bien d’effectuer un David contre Goliath 2.0. Et puis toujours, pour certains pirates, cette volonté d’exister. De faire parler de soi… Transgresser.
Quand c’est juste par esprit de découverte, ça roule… C’est comme écouter en magasin avant d’acheter (ce que je fais, par exemple). Si c’est compulsif, dans la simple idée de compiler pour le sport, avouons que c’est dommage : on ne profite pas de la gratuité !
Moi, j’aime aussi l’objet. Il faut avouer que, écoutant beaucoup d’indie, j’ai un peu l’impression de participer à l’édifice en investissant. Et puis, je souhaite une bonne compression du son ! Marre des pirates aux bruits métalliques.
 

Arnold-animateur.jpegDes solutions ? Je n’ai pas entièrement lu le rapport de Lescure, mais je sais le type intelligent. Je me demande juste si ce n’était pas un piège pour lui… (rires) Alors ok, taxons les fabricants de smartphones, tant que ce ne sont pas les utilisateurs. Pourquoi pas. Mais ne prenons pas le problème à l’envers : il faut baisser les prix ! Vous avez vu comme les consommateurs sont devenus dingues avec la baisse des prix du Virgin Megastore (même la situation est, certes, tragique) ? Il faut attirer de nouveau le public vers les produits culturels. C’était la même chose avec le dézonage des dvd ou, aujourd’hui, avec la traduction tardive en France des séries étrangères : on nous force presque à pirater !
Je ne crois pas à la sanction, mais au compromis. À la pédagogie. On invente quoi, là ? On sort juste le bâton ? Ne pas oublier que la discussion est elle-même un partage… Surtout. Apple et Microsoft essaient bien d’acheter le savoir des hackers en les embauchant à leur sortie de prison. Faisons pareil ! Invitons des pirates et des consommateurs à s’exprimer, et non que des labels. Mettons tout le monde autour de la table, étudions ce qui motive ce public et inventons une réponse adéquate.

J’ai connu l’explosion des radios libres. J’y étais. J’y ai surtout retenu une chose : la meilleure façon de déstabiliser un rouage, c’est le fameux ver dans le fruit. Attention, pour peu que l’on possède une solution plus viable, hein ! Parce que l’action, c’est bien, mais toujours mieux quand elle est suivie d’une réflexion. Hors, pour l’instant, il ne me semble pas avoir entendu d’alternative satisfaisante… Renforçons donc le dialogue avec les réels intéressés. »


> Compte-rendu Daft Punk à Bercy (2007) 

 

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