Publié par Longueur d'Ondes

Quand le cofondateur du Printemps de Bourges (et directeur du Zénith de Paris) est en présence de son repreneur, il y a contraste : veste velours, chemise fantaisie et parole insatiable pour le premier ; veste noire, t-shirt et débit pressé pour le second. Entre les deux : une dizaine d’années.
 

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Fatigués de devoir vous justifier sur ce rachat ?
Daniel : C’est important d’évacuer la question pour qu’elle ne pas pollue pas le festival… C’est normal. Ce type de manifestation entraîne une forte identification de la part des habitants.
Gérard : Il y a toujours des fantasmes. Lorsque nous avons repris les Francos, certains ont cru que nous avions viré Didier Varrod(ndla : l’ancien programmateur pressenti pour prendre la tête et actuel monsieur musique de France Inter) C’est à Foulquier qu’il aurait fallu poser la question ! D’ailleurs, Varrod – avec qui je suis « in love, love, love » – travaillait à la même époque pour Morgane Production… C’est dire. Idem sur l’idée qui voudrait que nous reprenions Bourges pour les droits d’images internationaux. Une captation, et on en vend peu, ne rapporte que 1 000 €…
D. : L’idée est d’intégrer de l’argent, des idées, de consolider les salariés…
G. : … Voire même embaucher ! Je ne comprendrai jamais pourquoi quand une entreprise du bâtiment grandit, on applaudit... Alors, pourquoi pas nous ?

Ce que le public craint, c’est l’hégémonie…
Daniel : Lors du rachat de Kenzo, Bernard Arnault n’a pas fait fusionner la marque avec Dior, hein ? Pareil ici.
Gérard : Il n'y aura jamais d'appel du style « Francos-Bourges-Morgane Prod' bonjouuur... » L'objectif est de péréniser les postes. Pour une fois, soyons fiers des réussites françaises !

Qu’avez-vous en commun ?
Gérard : J'ai collé, à Brest, les affiches de la 1re édition de Bourges…
Daniel : Nous sommes surtout à la tête d’entreprises culturelles ! Les subventions de l’Etat viennent compenser les prises de risques. Alors, est-ce que l’artistique doit être indépendant de l’activité économique ? C’est tabou en France… Pas dans ma conception.
G. : « Entreprise culturelle », voilà un mot qui fait peur. Pourtant, l’argent, c’est l’essence, pas le moteur ! 
D. : On pourrait gagner plus en ne faisant que des tremplins... Vous savez, le libéralisme prend en cause la différence entre les individus, mais il faut des règles ! Je suis pour un libéralisme économique, oui, mais sans exploitation, avec des valeurs humaines, le partage des richesses et des services publics plus forts. Je suis donc très heureux que François Hollande nous rejoigne enfin sur ce sujet…
G. : En France, on a beaucoup émietté les aides. Il ne se passe pas 15 jours sans qu’une structure me propose de s’associer parce qu’elle n’en peut plus...

Et ce qui vous oppose…
Gérard : Daniel est entouré de plus de femmes !
Daniel : Ok, ok. Tu vois, je n’ai pas besoin de ton truc, là ! (montrant son smartphone)
G. : Tinder ? (ndla : application mobile de rencontres) Non, mais je t’expliquerai… Je te rappelle que, début mars, l’appli des Francos était en ligne, pas la vôtre…
D. : Ah, j’aime cet esprit ! Nous avons les mêmes valeurs. Et puis, n’oublions pas – et c’est ce qui me plaisait dans leur offre –, je récupère des parts de leur boîte. Hé hé !

La suite pour Gérard : l’achat d’une salle ?
Gérard : Ah oui, mais ça, je l’ai toujours dit.

Le Zenith de Paris ?
Daniel : Non, mais oh ! (rires)

Vous êtes vous déjà jalousés ?
Gérard : Bien sûr ! C’est une éternelle histoire de gros sexe. A 68 ans, ce gamin veut encore pisser plus haut que moi… et avec toujours le même enthousiasme.
Daniel : … Sauf que j’y arrive, hé hé !
G. : Un jour, j’ai même fait paraître une pub qui disait que les lauréats des tremplins de Bourges étaient les mêmes qu’aux Francos… un an plus tard !
D. : Ce n’est pas vrai… Fauve, La Mano Negra…
G. : … Voyez ! (hilare) Trop facile.


(photo archives Morgane groupe
> Portrait de Gérard Pont