Publié par Longueur d'Ondes

Compte-rendu Libertalia music festival 2015

C'était du 28 au 30 mai, à Antananarivo (Madagascar).
Festival privé de musiques exportables de hautes volées.



MÉTEO : 20°C en journée avec chute de température en soirée (ambiance pluvieuse du centre-Bretagne avec pull-écharpe).

REVUE DE PRESSE. : (17 mai) Un guide écotouristique en prison pour avoir dénoncé les liens entre un opérateur économique malgache et le trafic illégal de bois rose. (27 mai) Tentative de destitution du président par l’Assemblée nationale, après 18 mois de retour à l’ordre institutionnel. (9 juin) L’épidémie de peste a, depuis septembre, fait 71 morts.

LE PITCH. 3e édition d’un festival ne bénéficiant d’aucune aide financière publique. Objectifs, par ordre décroissant : médiatiser le pays à travers sa culture ; attirer les programmateurs de festival (plus habitués à faire leur marché au Sénégal ou au Mali) ; exporter les groupes malgaches (dont la majorité, présentée dans ce cadre, ne font pas dans le folklorique) ; faire connaître les productions de Libertalia records (qui a réalisé un incroyable travail de développement). Transport, logement et repas pris en charge par le festival.

LIEU : parking du
Carlton (5 étoiles), proche du lac Anosy et bénéficiant d’une vue imprenable sur le Palais de la Reine et la Haute ville.

 

PAS MAL DU TOUT :
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The Dizzy Brains (en photo ci-dessus) > exercice bluffant entre garage rock et rythm’n’blues d’un grand niveau. Être frères et faire aussi bien que les Stooges alors que l’on ne connaît son batteur que depuis 15 jours… On comprend pourquoi le trio a les faveurs de Jean-Louis Brossard (Transmusicales).
- Tsiliva > tombé dans la musique depuis l’enfance, le prince de kilalaky (musique de Menabe, dans la province de Tuléar) sait allier modernité et tradition. D’autant que son funk s’accompagne d’une envie irrésistible de danser.
- Mafonja > ancien membre d’un boy’s band hip-hop (il a alors 14 ans), le guitariste rasta – aujourd’hui trentenaire – creuse son sillon dans le reggae et la soul, tout en gardant de vue le hira gasy (musique traditionnelle des hautes terres malgaches).

 

EN APPARTÉ : entre deux changements de plateau, le guitariste Edgard Ravahatra (« le plus français des chanteurs malgaches » ; a accompagné Tryo et Manu Dibango) s’est associé à Bakomanga (groupe d’hira gasy ayant représenté le pays au festival américain DanceAfrica en 2014). Ou comment un chant français rythmé par des instruments et des danses traditionnels peuvent concilier deux cultures francophones.

 

LE FEATURING. D’un côté, les rennais Sax machine, groupe afro-beat/deep funk mélangeant cuivres, flow hip-hop, samples et sens incroyable de l’improvisation. Et pour cause : le trio, passé par les Transmusicales en 2014, se compose du saxophoniste de Like Jam, du tromboniste de Sergent Garcia et d’un rappeur de Chicago ayant notamment collaboré avec Speech (Arrested Development) ou encore Soul Square (dj Atom de C2C). De l’autre, le multi-instrumentiste malgache Silo. Celui-là même qui survolera la programmation du Iomma, salon professionnel des musiques de l’Océan Indien, la semaine suivante. Résultat : un jazz classieux au groove imparable, au sein duquel le pianiste local a su apporter un grain de folie supplémentaire.

LE WAHOU : Christelle Ratri n’est dans le circuit professionnel que depuis 2013. Et pourtant. Au-delà de ses participations en tant que bassiste au sein du groupe Mafonja ou celui de Silo, son trio rock-soul – qui porte son nom – sait se hisser au niveau d’un Alabama Shakes ou d’un Michael Kiwanuka. Petit gabarit, mais voix puissante et morceaux étirés, la chanteuse est dans l’air du temps tout en sonnant authentique. Magique. On est bien loin de l’aseptisation française à la Ben l’Oncle Soul ou Duffy... Sans nul doute l’un des projets malgaches les plus exportables sur la scène internationale et, surtout, un grand nom en devenir pour peu que le relais médiatique suive.

LE PLUS : la rencontre avec un membre du Comité pour la sauvegarde de l’intégrité (organisme indépendant, financé par la banque mondiale et l’ONU, faisant la promotion de la bonne gouvernance à Madagascar), afin de tenter de comprendre la complexité du pays.

L’ANNÉE PROCHAINE : même si le festival
Donia y prend ses quartiers au mois de mai, à quand une édition à Nosy Be, île côtière de Madagascar située dans le canal du Mozambique (côtes nord-ouest) ?


REMERCIEMENTS : toute l’équipe, en particulier Gilles Lejamble (fondateur) pour sa générosité/son éternel second degré, Christophe David (directeur artistique) pour ses conseils/son éternel premier degré, puis Mboahangy Andriamihamisoa (directrice exécutive) pour sa gentillesse et sa disponibilité.


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