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2002. Alors que le monde des Lan party – rassemblement physique de joueurs dans le cadre de compétitions de jeux vidéo – est encore balbutiant en France, une association nantaise réussit le pari d’organiser le plus grand jeu en réseau de Province. Retour sur un événement précurseur, dont l’écho amplifié fut rendu l’année suivante, qui a participé au changement de regard des médias sur cette pratique, alors en marge.

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Fo
ndée en 2000, l’association Lanagame (ou Lan@game) n’aura eu que trois années d’existence. Une fulgurance à hauteur de son impact. A l’origine, il ne s’agit pourtant que du projet étudiant de cinq informaticiens de l’Idrac de Nantes. Mais très vite, devant la portée en devenir de l’événement, le projet dépasse le simple cadre scolaire. Une association d’une dizaine de permanents, présidée par Olivier Virfeu (et Marc Lanoë), est créée. Le tout est soutenu financièrement par une autre entité – Prométhée Concept – dont la mission première est l’enseignement et la sensibilisation à l’informatique en direction de publics précaires. Deux recrues sont embauchées pour prendre en charge la communication : Samuel Degasne (alors animateur radio sur Prun’ et rédacteur en chef du mensuel gratuit Le Mois Nantais) et Anne-Laure Brenon (chargée de communication au festival Les Vieilles Charrues).

Descriptif
Deux événements furent organisés sur trois jours, dans la salle de concert La Trocardière à Rezé (ville mitoyenne de Nantes). En avril 2022, la première édition fait 550 entrées payantes. En février 2003, ce seront 820 joueurs, dont les équipes championnes françaises de sport électronique (les aAa et les GG), qui viendront d’une partie de l’Europe : Belgique, Russie, Espagne... Ainsi, pendant un long week-end, les communautés virtuelles prirent vie physiquement, s’adonnant aux différents tournois officiels organisés sur Quake III Arena, Counter Strike et Warcraft (Unreal Tournament 2003 fut ajouté lors de la 2e édition). Avec une entrée fixée à 30 €, plus de 28 000 € de lots y ont été distribués.

Médias
Largement relayée au national en raison de son aspect multidisciplinaire, Lanagame a –au même titre que sa grande sœur parisienne LigArena (aujourd'hui Games-Solution) – marqué un tournant dans la communication d'événement de ce genre, provoquant l’intérêt soudain des médias. En effet, et ce dès sa création, l’association a toujours souhaité sensibiliser le grand public à la culture du jeu en ligne, orientant sa communication au-delà des publics geek initiés. Le but ? Casser les stéréotypes inhérents à la pratique et créer une synergie dans le milieu associatif en faisant intervenir d’autres structures locales sous-médiatisées. Résultat : des reportages sur M6, France3, TVBreizh, Ouest France, Presse Océan, La Croix, Pulsomatic, Europe2, Le Mouv’, Jet FM, Micro Hebdo, PC Jeux…
 

Jeu-reseau-Trocardiere.jpgActivités annexes
En parallèle des compétitions de la deuxième édition, l’association a ainsi organisé des débats sur le monde des jeux vidéos et sur les systèmes d’exploitation avec Linux Nantes, des dédicaces avec des graphistes (notamment Dob[R]Man du collectif local Level Art), des rencontres avec des hackers renommés, une exposition de tuning PC, la mise à disposition d’une bibliothèque de mp3 libres de droit et/ou issus de la scène émergente régionale grâce à radio Prun’, des visites commentées de la salle, une radio interne basée sur les flux d’envois de données par APO33 (une association artistique et technologique, aujourd’hui membre de La Fabrique de Nantes), un marathon radio en direct et en continu réalisé par la webradio Frequence3, un making-off filmé par l’école audiovisuelle CinéCréatis (sous la direction de Gaëtan Aubin), ainsi qu’une scénographie mise en place par l’association L’Envers du Décor (issue de l’Ecole d’Architecture de la ville) basée sur des éléments de récupération.

Anecdotes
- L’association a été contrainte d’avoir recours à des camions de groupes électrogènes (ceux de Johnny Hallyday en l’occurrence) afin que l’intensité électrique soit constante. En effet, la demande énergétique était inédite pour cette salle de concert, représentant l’équivalent de deux quartiers de Nantes ;
- La responsable internationale du fabricant de micro-processeurs Abit s’est déplacée de Corée pour prendre des notes sur les branchements et les modifications réalisés par les pro-gamers sur leurs ordinateurs, afin d’effectuer un retour auprès de ses ingénieurs ;
- En guise de blague, et en raison de l'assiduité de certains joueurs à leurs jeux, les organisateurs ont offert – par le biais de partenariats – de nombreuses balles anti-stress, des gels douche Axe et des "barres Abit" (contenant des Mars et Snickers).

Dissolution
Initialement, Lanagame n’avait pour but de ne réaliser que trois événements. La dernière édition devait se dérouler au Parc des Expositions de la Beaujoire à Nantes pendant une semaine complète, avec des concerts de musique et un salon professionnel. Mais refusant de se professionnaliser et devant le manque d’aides financières des pouvoirs publics, puis suite au décès du président de l’association Prométhée Concept (Stéphane Anglerot), l’association fut dissoute à la fin de l’année 2003. L’ébauche d’une Fédération Atlantique des Jeux Vidéo, entamée notamment aux côtés de l’association NrealiZ (Charente-Maritime), fut également abandonnée.

La même année, le premier événement de l’Eswc (Electronic Sports World Cup, géré par LigArena) réunissait 1 500 joueurs à Paris en intégrant une mise en scène peu commune : matchs commentés sur scène, tournoi 100% féminin.... La machine est en marche. Début novembre 2012, si sa forme a évolué, l’événement a toujours lieu dans le cadre du Paris Games Week, réunissant désormais près de… 212 000 visiteurs.


(réactualisation d'un papier paru en 2006)
> Lan Party


 

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