Publié par Longueur d'Ondes


Producteur, ancien de RFM et de NRJ, auteur de biographies et de lithographies, l’animateur radio fut l’une des grandes voix des nuits de France Inter. Juin 2013, alors qu’il fête ses 30 ans d'antenne et avec plus de 3 000 interviews au compteur, la station ne reconduit pas son émission Black liste... Il revient sur la place de la musique dans les médias et sur son éviction.
 

 

Lavige-Laurent« Pourquoi est-ce qu'il y a toujours eu un problème avec les émissions musicales ? C’était l’un des directeurs de RTL qui disait « La musique coûte cher et ne rapporte rien. ». Alors, de là à passer un artiste en développement… Imaginez. C’est la chute d’audience ! D’où le manque généralisé de prises de risque de la part des animateurs ou des directeurs.
Etrange ? Non. Cela me parait même normal : pour moi, la France n’est pas un pays de musique, mais d’arts et de lettres. Et encore, c’est la légende, car il y a bien longtemps que l’on ne rayonne plus de ce côté-là. C’est notre rapport à la nourriture qui est important ! Pour preuve, nous sommes l’un des seuls peuples à parler en mangeant... Ça en dit long sur l’association que nous arrivons à faire entre cet acte de survie et le rapport charnel que nous construisons autour...

Service public
Mais revenons aux médias… Il faut bien se rappeler que la musique qui s’écoute n’est pas la même que celle qui se regarde. La radio est donc différente. Elle a un caractère intime, intrusive. C’est la bande annonce de nos vies.
Radio France, ce sont des studios incroyables. On peut critiquer les fonctionnaires, mais les meilleurs sont là ! A France Inter, il y a toujours eu une grande tradition de la musique, avec un apport inestimable à l’Histoire. Malheureusement, les moyens d’hier ne sont plus forcément les ambitions d’aujourd’hui. Voyez le partenariat effectué avec les Vieilles Charrues. C’est quelque chose que j’ai apporté, mais qui n’est pas forcément pérenne.

Eviction de l'antenne
Ma non-reconduction ? Uniquement pour des raisons personnelles. La Black liste fut, en effet, l’une des rares émissions à avoir augmenté dans les sondages Médiamétrie en avril 2013. Même les podcasts ont explosé, malgré la perte générale d’auditeurs sur l’ensemble de la station ! D'où le fait que ce fut une vraie surprise (j'ai cru que l'on allait même me proposer une augmentation de la tranche, quand j'ai été convoqué). Pourtant, je faisais simplement ce que l'on m'avait demandé de faire et ce qui avait été validé par la direction à la rentrée...
Et puis, faire du jeunisme (si c'est l'enjeu), c’est étrange pour une station appartenant à un groupe qui possède déjà Le Mouv’ - qui n’arrive d’ailleurs pas à trouver son positionnement et dont il se murmure parfois une fin proche. S’il faut rajeunir France Inter, c’est pour cibler les 40 ans, pas les étudiants…
Vous savez, issu d’une famille modeste et qui écoutait RTL, j’étais très intimidé par l’aura intellectuel du groupe. Jamais je n’imaginais y rentrer. Encore moins y durer plus d’un mois après un remplacement estival. Ce que je retiens désormais, c’est que j’ai été élu 2e meilleure émission sur une radio musicale 2010. Pour moi, cela validait l’intérêt des auditeurs pour la musique black. C’est déjà, en soit, une victoire.

L'avenir
Mon conseil au service public, c’est de rendre plus intelligent les auditeurs/téléspectateurs, sans qu’ils s’en rendent compte. Il lui faut impérativement son "îlot" de découvertes et de rendez-vous populaires. Ce mix entre les différents arts que réussissait l’émission Le Grand Echiquier (ndla : sur l’Ortf, puis Antenne 2, et présenté par Jacques Chancel). »



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