Publié par Longueur d'Ondes


Son bagou, l’ancien disquaire de Tours l’a mis depuis 30 ans au service de la musique : attaché de presse de Virgin, responsable communication des Inrocks, producteur à Morgane Production, programmateur du festival Fnac Indétendances, intervieweur sur France Inter, coach média pour le tremplin Les Chantiers des Francos… Mais si le grand public le découvre en juré de La Nouvelle star sur D8, Olivier Bas fut surtout le directeur artistique de CD’aujourd’hui (France 2 et France 4), dont la dernière émission a été diffusée en juin 2013.

 
Olivier-Bas.jpg« 12 ans de diffusion quand même ! Mais je n’ai aucune rancune concernant l’arrêt de cette quotidienne de 2 min. (ndla : l’ultime numéro fut consacré à Benjamin Clémentine, estampillé « révélation anglaise du festival des Francofolies » quelques semaines plus tard). Je me pose juste la question de l’imprudence de cette déprogrammation. D’autant que, et je n’ai pas d’animosité envers mon remplaçant (qu’il faut absolument interviewer pour en faire la promotion, j’insiste !), il y avait possibilité de pousser la marque un peu plus loin, si tel était le but de cette non-reconduction.

Ce qu’il y avait de génial sur ce créneau, c’est l’absence de cible précise. Nous sommes sur du généraliste qui peut autant supporter du Anne Sylvestre, du Alain Bashung ou du Patrick Bruel. De plus, le format court échappait, de fait, à toute notion d’audience. Nous répondions donc, à mon sens, à la mission de service public : être un starter.

C’était quoi, déjà ?

CD'aujourd'hui, c'était 90 % d’artistes signés en France, puis une dizaine d’artistes nationaux par an. Mickey Green, Depeche Mode, Jack Budd, Feist, Alexis HK… La langue a toujours peu importé. L’idée était d’axer ce rendez-vous sur la proximité (un artiste sans artifice), de susciter un appétit (aperçu de 2 min. sur 40 min. d’interview), de prolonger l’expérience sur d’autres supports (version longue accessible sur le site Internet). Et puis, surtout : varier les formes, comme par exemple éviter les salles de concert et préférer le contexte de l’artiste (lieu de création, habitation) afin de s’interdire les automatismes. Les silences ! Qui peut encore se permettre, aujourd’hui, de respecter un silence, parfois plus significatif, d’ailleurs, qu’une réponse préparée ?

J'ai toujours eu de la chance d'avoir d'excellents journalistes sur Cd'aujourd'hui. Je crois que c'est la clé : un bon accoucheur et un bon accouché... Ne pas oublier que, même s'il y a le métier, les bagages de chacun, cela reste une rencontre. J'ai trop vu de types arriver les mains dans les poches (des deux côtés du micro). Cette confiance, essentielle, elle doit être partagée ! Par contre, jamais je ne remettais les mêmes interviews/artistes ensemble... Il faut garder la spontanéité de la première rencontre. Pour ma part, à France Inter, je commençais toujours mes interviews (ndla : l'émission Hors Promo en 2004) par "Comment ça va ?". Vous seriez étonnés de la durée de réponse de certains...

Delerm, Cali, Olivia Ruiz… Ce sont des gens qui ont grandi avec nous. Nous avons même travaillé avec Lara Fabian… mais à nos conditions ! [ndla : rires] C’est important de faire ce grand écart, autant que maintenir des programmes courts qui oblige à ne pas zapper. Précisons tout de même qu’il aurait été étrange que quelqu’un aime les cinq artistes de la semaine, hein ! Alors, quelle était notre concurrence ? Internet ? Beaucoup se sont effectivement montés après nous : Le Hiboo, La Blogothèque… Difficile d’en dire du mal, en tout cas pour ces deux-là. Juste peut-être rappeler qu’ils sont et étaient, par définition, moins pluraliste que nous. France Télévisions aurait d’ailleurs dû aller plus loin dans la multidiffusion hors canal télévisuel…

Musique, ce vilain petit canard

Olivier-Bas-copie-1.jpgLa vraie question est : quel positionnement pour la musique aujourd’hui ? Difficile de répondre. J’ai souvent l’impression que l’art et la littérature sont moins soumis à la critique. Nous avons une relation particulière avec la musique, pas si affective que l’on veut l’avouer. Exemple : personne ne s’étonne que la musique doive être gratuite… Quand tu voles une bouteille de vin, on te court après, non ? Pourquoi ce serait différent avec un album ? Et puis quoi encore : pour éviter le téléchargement, il faut rajouter du contenu enrichi ? Je n’y crois pas. T’as la haine quand l’album ressort avec une version bonus, alors que tu t’es fait ch**r à acheter tous les maxis ! Résultat : manque de confiance envers l’industrie. Genre, on attend les soldes pour acheter… Arrêtons ! Un bon album doit se suffire à lui-même. Et avoir les ambitions et les moyens de l’être... Il faut continuer à réenchanter l’objet.

Ce lieu commun qui voudrait que la musique à la télévision n’intéresse personne est tout de même troublant, non ? Certes, nous connaissons la fin d’une émission (d’une époque ?) comme Taratata, mais certains qui le regrettent aujourd’hui ne regardaient pas plus l’émission hier… Yves Bigot [ndla : ex-chargé de l’antenne et des programmes de France 4] me disait parfois que ce rejet pouvait potentiellement être dû au manque de suspense dans les sets des artistes. On oublie parfois que ce qui tient en haleine c’est le dérapage, l’improvisation, l’inédit. C’est pour cette raison que nous essayions modestement, avec CD’aujourd’hui, de nous intéresser à l’intimité créative. Avec cette définition : « regarder par le trou de la serrure avec la possibilité d’ouvrir la porte. » Et ce, même si le rendez-vous s’inscrivait chaque fois dans la promotion d’un support (tournée, album…).

Conseils aux suivants

Comment réussir une émission sur la musique ? Il faut qu’elle soit informative, sans être une discussion entre spécialistes. Les gens ne peuvent pas assimiler de la découverte non-stop. Ils ne souhaitent pas non plus être exclus des échanges. Dans service public, il y a justement cette notion de « public » dans un sens large. Un public qu’il faut tout d’abord capter, puis ensuite enrichir de balises. C’est le rôle que j’essayais de mener dans le cadre de La Nouvelle Star sur D8 : un peu de name dropping [ndla : citer des noms connus] dans mes réponses aux artistes pour apporter quelques références supplémentaires au spectateur lambda. Sans jouer le « Doc », c’est un repère inconscient qui a son importance a posteriori, croyez-moi. »


> Interview Stéphane Saunier
Photo d'ouverture :
Gouhier-Guibbaud
2e photo : Mondor