Publié par Longueur d'Ondes


Il ne reste rien de la libertaire bande FM des années 80. Ou si peu. Selon Le Monde, 90 % des nouveautés francophones ont été concentrées sur 15 titres en 2010. Et parmi les 100 plus fortes rotations ? Seulement 11 de ces nouveautés, soit 56 % de moins qu’en 2009. Il y a de quoi... déchanter.

Oreilles
Ceux qui croient encore à l’image de l’animateur radio débarquant en studio avec des disques sous le bras sont priés de se réveiller. Exception faite dans le secteur associatif, le paysage hexagonal a pris l’habitude des radios « conserves » : préparées à l’avance, standardisées, pasteurisées et cultivant la soupe pour des masses avides de hits. Mais, au fait, peut-on se passer de radio quand on est un artiste ? « Ca dépend quel artiste ! », répond Dominique Marie (président Ferarock et programmateur de radio 666), « mais c’est tellement difficile de se faire connaître, qu’il serait stupide d’écarter un support de promotion, quel qu’il soit. »
Alors, comment programme-t-on ? Si une majorité de programmateurs explique que, sur le fond, ils scrutent les envois des labels et les réseaux sociaux, d’autres, comme Vincent Provini (FIP) explique que « ce qui justifie notre programmation, ce n’est pas le titre lui-même, mais ce qu’il évoque. Ce qu’il y a avant/après. AC/DC, puis Presque Oui et enfin Souad Massi, c’est parfait. »

Selon un panel Yacast, les titres les plus diffusés entre 2000 et 2009 sont respectivement « J’en rêve encore » de Gérald de Palmas, « Le Vent nous portera » de Noir Désir et « En Apesanteur » de Calogero. Pas de quoi frimer. On sait que la pression des chiffres conduit à la réduction des prises de risque. Or, ce rodage restreint malmène des artistes qui souffrent déjà de la crise, cannibalisant l’existant.
La découverte est-elle donc encore possible ? « Certains ont comme slogan « Hit Music Only », ça a le mérite d’être clair ! », raille Dominique. « C’est dommage, car si tu ne connais pas le nom d’untel, tu ne pourras jamais l’acheter ou le voir en concert. Il faut aussi adopter le « syndrome anniversaire » : soutenir la scène émergente, mais si tu ne connais aucun titre, tu ne pourras jamais danser dessus… »

Mais l’artiste doit-il systématiquement avoir recours aux « radio edit » (2 min. 30) ? Pour Fanny Temam et Jean-Patrick Laurent (Ouï FM) on souligne que : « Chuck Berry ou Elvis produisaient des morceaux de 2 min. parce l’efficacité passait par ce format, mais le contraire existe. Ce serait dommage de réduire l’efficacité d’un titre à sa longueur. » Pour radio 666, s’ils sont d’accord avec le principe, c’est tout même « gênant d’avoir un titre de 8 min. Tout simplement parce que cela prend la place de deux découvertes ! »
Quant à Thierry Voyer (directeur de Radio Néo), il se moque de cette langue de bois généralisée : « Oui, on traite le son. Il faut que le signal sonore soit homogène pour éviter de monter ou descendre le volume constamment. On réduit la dynamique des morceaux, mais la diffusion FM détériore déjà le son. De toute façon, un titre de 7 min. n'a aucune chance sur une radio à forte audience. 3 min. 30, c'est déjà limite. Et encore, il ne faut pas d’intro trop longue, ni de latence… Plutôt que de ne pas passer le titre, je prends donc l'option de couper. »

Côté quotas de chanson francophone (40 % pour les généralistes, dont 20 % de nouveaux talents), l’affaire semble difficile pour les radios rock comme Ouï FM, car « la scène rock hexagonale chante beaucoup plus en anglais ! » Pour la Ferarock, ils ont même essayé d’inscrire les radios rock dans la catégorie « communautaire » afin d’échapper aux quotas. « Sans succès ! », répond Dominique, hilare. « Cette loi a surtout profité au rap français. Sans elle, les Thugs seraient plus connus en France ! De plus, la Suède a un important passé d’exportation. Pourtant, leur langue n’est pas en péril… » Un dossier de plus encore en suspend.

Poste-radioEt pour justifier leur programmation restreinte, les radios accusent parfois la stratégie des maisons de disques. Faux, répond la Snep. Malgré la crise, les producteurs ont envoyé 713 nouveautés francophone en 2010, soit 34 % de plus que 2009. Mario Raulin, le responsable partenariats de Sourdoreille, nuance également : « La relation va dans les deux sens, sans nécessairement de sous-entendus commerciaux. Nous sommes un moyen de diffusion pour leurs artistes et nous avons besoin d’actualités. » Pour les autres, les négociations se situent surtout au département commercial : stickers sur les disques Vs sessions acoustiques et interviews, etc. Le rôle de l’attachée de presse est donc de plus en plus minime.

Et le streaming ? Concurrent ou remplaçant ? FIP se veut sévère, prétextant que la plus-value passe davantage par le travail de fond des programmateurs que le temps perdu à gérer ses playlists. Pour radio Néo, les habitudes ne sont pas les mêmes : « La radio s’écoute au réveil, avant d’allumer son ordinateur ou son portable. C’est une vraie présence, une amie. Il y a bien sûr une écoute au bureau, mais qui dépasse rarement 10 %. » Pour les autres, la complémentarité leur a permis d’élargir leur auditorat.
Quant à la forme, la Ferarock ne croit pas au tout-gratuit : « Hadopi est une grosse connerie pour faire peur aux parents, mais la question de la rémunération se pose tout de même… » Artiste/radio en ligne : même combat ? Laurent Fery (ex-NRJ) rappelle que « contrairement à une radio hertzienne, le coût de diffusion par Internet augmente proportionnellement avec l’auditoire. Radio13.net a du par exemple cesser son activité à cause de son succès, n'ayant pas trouvé les recettes publicitaires en mesure de couvrir sa diffusion. »

Mais qu’en est-il justement de la fin des radios analogiques ? « Cela ne semble pas pour demain », selon Viviane (programmatrice de Radio Campus Orléans). « Les acteurs du monde radiophonique attendent toujours un nouveau rapport (le troisième !) et aucun fond n'a été débloqué sur l'année pour aider les radios (notamment associatives) à accéder à la radio numérique. »
Dominique Marie se veut tout aussi incertain : « L’avenir est probablement dans les mains de la téléphonie, hors cadre CSA. Mais je doute que les Français changent leur vieille radio dans la salle de bain, surtout que l’on ne connait pas encore les effets du wifi intensif. Quant aux autoradios, seules les grosses berlines seront équipées... » Statut quo, donc. Voilà un détail qui n’est pas tomber dans l’oreille d’un sourd… Le secteur associatif a un nouveau répit.


D'après les sources de D.Baumal, L.Facchin et Y.Pradeau