Publié par Rock Sound magazine

STARMAN – Quand Ziggy éclipsa Bowie (Reinhard Kleist) Casterman

Quoi de mieux pour étudier les miroirs que David Bowie et ses doubles scéniques de Ziggy Stardust à… Thin White Duke ? [attention au titre glam trompeur] Surtout quand ces personnages viennent plomber son marionnettiste, le cannibalise jusqu’à le dissoudre, l’obligeant à une convalescence décharnée et désargentée à Berlin – et dont la renaissance est ici racontée par un dessinateur allemand.

Le chanteur et ses métamorphoses ont d’ailleurs souvent inspiré les graphistes – avec des résultats contrastés côté BD –, tant son geste fut autant musical que pictural... Sans cesse en évolution. En avance sur les définitions :  savait-il humer l’air du temps ou est-ce l’époque qui s’adaptait à lui ? Que faire surtout, une fois atteinte, de cette célébrité tant désirée ? Ou comment tuer alter-égo et égo pour (ré)exister.

C’est donc bien à sa psyché que s’attaque Reinhard Kleist [qui avait précédemment écrit sur Johnny Cash et Nick Cave] dans cet ouvrage initialement publié en deux parties. Cette lutte de l’artiste contre soi et quête de l’innovation comme mouvement perpétuel. Le trauma lié à son frère schizophrène et qui joue évidemment en écho. Le schéma classique propre aux biopics – aussi – de l’ascension laborieuse à l’implosion, puis sa reconstruction patiente.

Un récit éclaté, nécessaire, inspiré et accéléré, sans heureusement faire de sa conclusion muette et personnelle une figure iconique et figée, mais venant au contraire révéler Bowie dans sa cruelle humanité.