STUDIOS D’ENREGISTREMENT : aux heures de grandes écoutes
Des artistes (The Rolling Stones, U2, Dire Straits, Queen…) aux studios mythiques (Basing Street, Compass Point, Pathé-Marconi…), l’inconnu Andy Lyden les a pourtant connus... Souvenirs.
À tout métier de lumière, son angle mort. Sa face cachée... Ingénieur son et réalisateur, Andrew John Lyden n’échappe pas à la règle, lui qui – comme une concordance des temps – naquit en 54, 5 mois avant que la reprise “That’s Alright (Mama)“ d’Elvis Presley n’entame la future révolution rock… L’ombre ? Le Gallois s’y est habitué au point d’en faire son métier, qu’elle soit celle des studios ou de la renommée.
C’est pourtant un hasard qui lui met le pied à l’étrier : ratant ses examens, il passe un entretien dans les locaux d’une ancienne église. Surprise : les murs sont recouverts de ses disques préférés, de King Crimson à Cat Stevens… L’inconnu qui le reçoit [Mervyn “Muff“ Winwood, ex-bassiste du Spencer Davis Group] est natif de la même ville côtière : Swansea... L’entretien est une formalité. Andy a une vingtaine d’années quand il est recruté par Chris Blackwell, fondateur du label Island Record et propriétaire du premier studio d’enregistrement de 24 pistes en Angleterre.
Basing Street studios (Angleterre)
Propulsé “assistant“, Andy atterrit dans un lieu qui va rapidement accueillir Led Zeppelin (album IV), Jethro Tull (Aqualung), The Rolling Stones, The Eagles, The Clash, King Crimson, Robert Palmer, Jimmy Cliff... ou encore Queen qu’il interrompt dès son premier jour : « Je devais aller chercher des bandes dans le studio A à l’étage… Or, la lumière rouge au-dessus de la porte, qui annonce un enregistrement en cours, n’avait encore aucune signification pour moi », se rappelle-t-il. En parallèle, dans le studio B, Robert John Mutt Lange mixe l’album Highway To Hell d’AC/DC. Il y a pire intronisation…
Andrew travaillera ensuite sur le premier album de Dire Straits. « C’était encore un groupe de bars à l’époque... Mark Knopfler, bien que timide, posait plein de questions sur la production... C’est ici qu’il a appris toutes ces notions. » Hélas, le label n’ayant qu’un budget limité, le titre “Sultan Of Swing“ sera réalisé sur un 8 pistes dans un autre studio… Et tant pis pour le cv. Éclat de rire cependant de l’intéressé : « Le groupe lui avait proposé à Muff de choisir entre de l’argent ou les droits… Il regrette encore aujourd’hui d’avoir pris l’argent ! »
Quelques années plus tard, ce sera au tour d’Andrew de mixer du Bob Marley (la bande originale de Country Man). Le chanteur a d’ailleurs vécu un court instant dans les appartements du studio et son chef personnel y a officié sur place pendant une majorité des années 80... Puis viendront les enregistrements de Frederick Nathaniel “Toots“ Hibbert, John Martyn et d’une partie de la scène dub/reggae, un troisième studio y étant dédié. « Le guitariste de U2 venait souvent assister aux sessions… Il s’est beaucoup inspiré de ces échos. » C’est d’ailleurs Andy qui a retouché leur titre “New Year’s Day“ : « J’ai été chargé de couper le solo de 7 min. pour créer le 45 tours que vous connaissez aujourd’hui ».
Un autre artiste profitera de la configuration reggae du troisième studio de Basing Street : c’est le jeune Brian Eno. « Il était déjà très expérimental ! Cet enregistrement par exemple, et ce même si mon crédit a été oublié, est sur l’album My Life In The Bush Of Ghosts avec David Byrne. »
Compass Point studios (Bahamas)
Après l’expérience londonienne, Andy s’envole au milieu des années 80 pour les studios Compass Point, à côté de Nassau, et y reste 2 ans. « Avant qu’AC/DC n’y enregistre Back In Black, le coin était surtout réputé pour sa cocaïne... Il y a vraiment une ambiance particulière, propice à la fête, même s’il fallait régulièrement attacher les arbres pour que les ouragans ne les emportent pas. » Les conditions météo ont d’ailleurs inspirées le premier couplet de “Hells Bells“…
Remplaçant le Canadien prévu derrière la console, le Gallois prend en charge une partie de l’enregistrement du premier album solo de Mick Jagger : « En studio, c’est vraiment Jagger qui communique l’énergie. En plus, il y avait Jan Hammer au clavier, Jeff Beck à la guitare… » L’enregistrement verra même la visite de Keith Richards : « Je l’ai donc vu, saoul, se prendre la baie vitrée en pleine figure, rigole encore Andrew... Je me suis senti privilégié de le ramasser ! »
Le lieu agit comme une parenthèse enchantée. Notre ingé son y croise notamment Talking Heads ; l’artiste Derek Riggs, accompagnant Iron Maiden et peignant leur mascotte Eddy The Head sur la plage ; ou encore Grace Jones qui l’invitera à participer à la collection de clips “A One Man show“ avec Jean-Paul Goude. C’est aussi en bikini qu’Andrew rencontre Sheila qui lui lance au débotté : « Mon producteur vient de me laisser tomber. Tu veux bosser pour moi ? ». Banco.
Studio Pathé-Marconi (France)
Les dates françaises assurées, Andrew pose ainsi ses valises au studio Pathé Marconi de Boulogne-Billancourt... « À l’origine, j’y allais pour écouter “Love On The Beat“ de Gainsbourg. Je n’en suis jamais reparti… Le parc de micros était très impressionnant. Et puis Gainsbourg, les Rita Mitsouko… Je me suis dit que j’étais dans le bon pays. »
Très vite, Andrew devient réalisateur indépendant et officie pour une partie de la scène live française de l’époque : Les Wampas, La Ruda Salska, Ceux qui Marchent Debout, Ministère Amer… et Têtes Raides. « J’ai souvenir de l’enregistrement de l’album Les Oiseaux, dans une église (encore une !) des Alpes. Le frigo avait inondé le sol et on était obligé de mettre les pieds en hauteur pour ne pas s’électrocuter. »
Après une tournée canadienne avec Paul Personne, un ami le contacte pour venir travailler dans son studio. Andrew accepte « parce qu’il est situé à 400 m de chez [lui] ».
Château d’Hérouville (France)
Le lieu de Laurent Thibault, n’est pourtant pas n’importe lequel : c’est surtout le premier studio résidentiel au monde. Avant sa reprise, il a connu des enregistrements d’Elton John, Bee Gees, Pink Floyd, T. Rex et David Bowie. Après celle-ci, Fleetwood Mac, Marvin Gaye ou encore Magma compléteront le livre d’or. « Le matériel était dingue, se souvient Andrew. Je m’y suis notamment occupé de l’album Pied orange des Satellites. » Malheureusement, la crise du disque commence à pointer son nez… « Coup sur coup, je vois Sony virer Les Satellites et EV avec qui je travaillais. On commence alors à se focaliser sur l’argent généré que la nécessité du discours… », regrette-t-il.
Studio A4 Sound Factory (France)
Depuis le début des années 2010, c’est dans une vieille grange reconvertie en home studio, qu’Andrew officie désormais. Le lieu, le A4 Sound Factory de Noa music, a ainsi connu la visite de vieux amis (Didier Wampas et Paul Personne) et de quelques nouveaux : La Maison Tellier, Yaël Naim ou encore Gary Lucas (compositeur de Jeff Buckley)… L’occasion surtout, pour le réalisateur, de s’essayer à la lumière en sortant son propre album fin 2020, sous l’étiquette The Clock Goes Red. Le tout, enregistré sur une SLL 64 pistes. Celle justement de l’ex-studio Pathé-Marconi, sur laquelle il travaillait 20 ans plutôt pour les albums des Wampas et Têtes Raides... La boucle est (enfin) bouclée ?
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