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Il y a tant à dire sur la scène musicale malgache, les raisons qui expliquent sa difficulté à s’exporter malgré sa qualité ou celle, en creux, d’un peuple qui sombre dans l’oubli. Il y en a pourtant un qui ne s’accommode pas de la fatalité. Lui qui a fait le choix, après des études supérieures en France, de revenir au pays avec l’utopie comme leitmotiv.

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Malgré le contexte difficile de Madagascar (taux d’alphabétisation en berne, espérance de vie autour de 64 ans, absence d’élections démocratiques, tourisme sexuel…), Gilles Lejamble a décidé de se battre. D’inverser la vapeur. Pour preuve : avec « Madagascar, voyage au cœur de la musique » (réalisé en mars 2013), le directeur de Libertalia music records a mis sous les projecteurs neuf groupes et artistes, devant un parterre de professionnels français et d’expatriés, afin que leur rayonnement dépasse les simples contours nationaux.

Excluant volontairement les habituels institutionnels hexagonaux et autres subventions publiques (« pour conserver une liberté de travail »), Gilles a financé l’opération sur ses fonds propres et avec l’aide de partenaires privés. Une continuité, autant qu’un vieux rêve, pour cet ancien prisonnier politique et producteur de cinéma (« Tabataba » de Raymond Rajaonarivelo, en 88 / « seul film malgache programmé à Cannes et dont j’ai mis 20 ans à en effectuer le remboursement »). Philanthropie, nous voilà.

Car Gilles est, en parallèle, directeur d’une société de distribution de médicaments génériques (Medico, 52 employés), après avoir été pharmacien pendant 17 ans. « J’ai eu une prise de conscience quand, tous les jours, des Malgaches venaient avec leur ordonnance, mais repartaient chaque fois sous pouvoir acheter le moindre médicament », souligne-t-il, désolé. À lui désormais de lutter contre les lobbyings pharmaceutiques qui tentent parfois de décrédibiliser son action.

Pour lui, et au-delà d'une passion personnelle, la musique n’est donc qu’un moyen de plus pour parvenir à changer le monde : « 
L’idée est de passer le relais, non de donner des financements dans le style mendicité. » Convaincu que les tourments du pays peuvent être dû à des pertes de repaires culturels (« certains connaissent les codes du hip-hop américain sous rien savoir de leur propre culture », s'indigne-t-il), Gilles souhaite ainsi que « les jeunes retrouvent leur confiance en eux, à l’image des Chinois. » Qui mieux alors que la reconnaissance des artistes comme lien intrasocial et vecteur universel ?

L’éternel sourire en bandoulière, ce fan de Frank Zappa – pour son côté touche-à-tout ? – et de la musique de « possession » se définit davantage comme un passionné, plutôt qu’un mécène. Pour le moment, ce qui l’importe, c’est de pérenniser l’action. Aujourd’hui, « Madagascar, voyage au cœur de la musique » est un mini-festival. Demain : un label ? Trop tôt pour répondre, mais l’initiative fait parler d’elle. « On ne compte pas gagner d’argent à court terme. Ce qui nous importe, c’est le développement artiste », répète-t-il aux curieux. Et d’enchaîner : « Il s’agit juste d’un investissement à long terme avec une rotation plus lente. Il faut ouvrir de nouveaux lieux de diffusion et instaurer une professionnalisation des secteurs, car le vivier musical est immense et la créativité des Malgaches sans limite ! »

La tête déjà dans la préparation d’un second rendez-vous en 2014 (avec, à l'étude, la mise en place d'un comité de sélection, des formations et un décloisonnement festival/structure), Libertalia music records a d'ores et déjà produit un live de Mika & Davis ou encore le dernier album du grand multi-instrumentiste Silo Andrianandraina, l’un des musiciens majeurs de l’île ayant enregistré avec la majorité des formations locales et tourné avec des artistes du monde entier (comme Stephan Eicher). L'humilité, caractéristique locale, est de mise... Ou comment le combat d’un seul homme contre des moulins idéologiques arrive, pour le moment, à déjouer les vents contraires.

Bonne route !



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