Publié par Longueur d'Ondes

 

Repérés par la rédaction en 2007 aux Bars en Trans, le quatuor rennais Success a su prouver que sacrifier une électro sautillante au bûcher abrasif du rock restait possible. Un rituel théâtralisé par un maître de cérémonie halluciné, donnant vie à nos hymnes de jeunesse sur la liberté.

Success.jpgHiver 2011, un matin comme les autres... Mais plus pour très longtemps. Le soleil est là, le froid aussi. Sur un trottoir du quartier latin de Paris, trois trentenaires s'échangent - grelottants - un café entre deux nappes de buées. Manque à l'appel Mister Eleganz, personnage atypique et épicentre de la formation, se changeant dans le camion de tournée pour la séance photo. Les visages sont fatigués, tirés, loin de l'assurance maîtrisée de leur tôlier. Faut avouer qu'ils ont fait fort, la veille, au Mama Event. Car c'est sur scène que Success abandonne son électro-pop sur CD pour une formule rock vorace, grâce à son aristocratique et arrogant frontman. Une arrogance made in UK, le regard toisant l'assistance et le port de tête princier. Sur scène, tant musicalement que physiquement, le groupe reste sans cesse compact pour mieux exploser.

Il apparaît enfin, habillé comme un matador. Prêt à défier l'arène avec un sourire en coin et le clin d'œil coquin. Le bougre sait travailler son entrée... On plaisante sur le montant de ses fringues, semblant hurler « My (british) taylor is rich ». La réponse est immédiate, hilare : « De quoi nous plomber notre budget tournée ! » Pas de doute, on devine vite qui fait la loi ici et la suite ne fera que le confirmer. Séance photo : l’animal se tortille dans tous les sens, tire la langue, rampe. Intenable. Prenant des initiatives, tandis que le reste du groupe reste stoïque, habitué (blasé ?) par les facéties de ce Mister Eleganz au pseudo décidemment peu subtil. Puis, direction la brasserie défraichie du coin. Cafés et sandwiches commandés, première mise au point : « Nous ne faisons pas d'électro-rock, mais du rock avec de l'électro ! » Le ton est donné. Le déclic ? « Un concert d'Iggy Pop en 2005, aux Vieilles Charrues. Mon personnage était né. »

Fin 2007, le titre "Girl from New Orleans" est repéré par le label RCA  / Columbia UK, puis remixé par une cinquantaine de producteurs. Autant ? Nous n’en saurons pas plus. Avec plus de 1 000 concerts dans différentes formations (Strup X, Biergarten Eleganz, Le Tigre à Deux Têtes…), les quatre Rennais n'en sont pas à leur premier hold-up… 2008, vient entre autres une tournée avec les Trans en République Tchèque et en Russie (« Nous avons reçu un accueil très positif : la littérature russe est pleine de personnages exubérants ! ») ; puis en 2009 une apparition sur la B.O. du film "Zombieland" (Ruben Fleischer), une date aux 3 Eléphants, à Art Rock et au Printemps de Bourges ; enfin, en 2010, une programmation à Rock en Seine et à Marsatac... La Success story était lancée.

Mister-Eleganz.jpgOasis, nous avait déjà fait le coup des rocks stars insatiables, dans une version très premier degré. Parfait pour alimenter les biographies. Parfait pour exploser en vol et envoyer paître son public dans la foulée. The Hives avait préféré une version surjouée jusqu’à la lie : lancés de médiators et de baguettes à chaque fin de morceau, slams dans la foule et exhortation du public en s’auto-proclamant « Meilleur groupe rock du monde ». Et Success dans tout ça ? Malgré qu’ils soient in english dans le texte, les Frenchies réinventent une version francophone du mythe rock, préférant un monsieur Loyal démoniaque en devanture, mais conservant une rigueur rythmique en fond de cour, en guise de colonne vertébrale. Fanfarons, mais pas trop. Mieux vaut assurer les arrières. Le pire ? C’est que ça marche.

 Leur secret : « Jamais de surenchère, toujours chercher le contrepied. Si on joue sur le registre des "années fric" (Bernard Tapi, Paul-Loup Sulitzer, etc.), nous nous revendiquons davantage des sex-shops 70's que des clichés hip-hop. » Voilà pour la forme. Mais le fond ? « Nous voulons créer un appétit. Mister Eleganz agace. C'est qui ce con ? Pour qui se prend-il ? Puis, rendre jaloux. Donner envie de prendre sa place. En revouloir. » Ce crooner hystérique, issu d'une mythologie imaginaire pour en dorer la légende (« Fils abandonné de Patti Smith et de Tony Clifton, né à Kentucket. »), est effectivement LA découverte qui galvanise les masses.

Car, gomina-costume-trois-pièces-moues-boudeuses, il se jette dans la foule, arrache ses poils de torse en hurlant « If you're lookin' for a rock'n'roll star, here I am ! » comme un forcené. Ca passe ou ça casse. Yan, marionnettiste malgré lui de Mister Eleganz et ancien libraire (peintre également à ses heures), s'en explique : « C'est une démarche dadaïste, situationniste : travailler sur l'inconscient et les idées reçues. Le public déteste ces personnages prétentieux, mais rêve secrètement d'appartenir à cette caste. Nous voulons donc renvoyer / exposer ces contradictions, faire appel aux bas instincts exutoires. » Effet réussi : il ne laisse personne indifférent. « Pas de blabla, le corps parle pour nous. Pour autant, je ne consomme aucune drogue illégale ! » C’est noté.

La suite ? « Tourner uniquement à l'étranger. Pas d'autoproduction (oui, on assume !). Un deuxième album dans la foulée, puis un album de Noël dans la grande tradition américaine. » Du lard ou du cochon ? Impossible à deviner. Un rêve peut-être ? « La Garden Party de l’Elysée ! On y foutrait le bordel. On a déjà joué au Showcase (NDLR : boîte parisienne) devant la jeunesse pop UMP que l'on a envoyé chier… Ils nous ont coupé le courant ! On a donc un match retour à jouer… » Dernière chose, pourquoi ne pas faire de rappel ? « Un plombier, est-ce qu'on lui demande de revenir quand il a déjà réparé la fuite ? »

Vous savez désormais à quoi vous en tenir. Et si c’était ça, au fond, être rock ?


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