INTERCELTIQUE DE LORIENT 2024 : hors formats
Face à l’homogénéisation de la musique populaire, deux formations – jouant pourtant sur un même créneau (horaire) – se sont illustrés par leurs pas de côtés bretons : Fleuves et Matmatah. Et si le salut venait finalement de Brest ?
D’un côté, Fleuves, trio articulé autour de la musique à danser – d’où leurs solides expériences répétées en festoù-noz et festivals. Une clarinette, un piano Rhodes, une basse et deux albums studio… [le prochain pour début octobre] Déjà-vu ? Ce sera mal juger, car c’est surtout via leur trouble régulier des identités qu’exulte l’entité... Soit en raison de sa géométrie sans cesse mouvante, intégrant parfois voix féminines, trompette, beatboxing ou encore percussions. Soit à travers le ressac de leurs genres, puisant dans le jazz-rock ou l’électro pour intégrer la tradition bretonne au lit des musiques actuelles… Fort ainsi de leurs expériences d’anciens gagnants du concours de sonneurs à Gourin en 2012, leur contre-courant respecte autant le “code social“ du danseur qu’il élargit son cercle en invitant à la transe collective... Qu’importe donc votre univers, votre origine ou âge, l’alternance entre la dimension cinématographique de certains passages plus rêveurs à ceux aux pieds plus martelés convoque bien toute une société. Les structures sont gigognes, fractionnées et les musiciens s’immiscent autant qu’ils s’éclipsent au service d’un même motif mélodique. Bluffant.
De l’autre : Matmatah… Les compatriotes des premiers ont vendu plus d’un million d’albums, cumulant trois disques d’or et un double de platine. Soutenu par des succès populaires tenaces, la formation (conservant son trio d’origine) a pourtant parfois souffert d’une étiquette “rock celtique“ dont elle a pourtant peu pratiquée/revendiquée. Voire a été injustement réduite au succès – phénoménale certes – de leur 1er album La Ouache… Or, la sortie de leur double album Miscellanées Bissextiles en 2023 (et leur incroyable titre d’ouverture de 19 min.) a non seulement rappelé leur inventivité, mais aussi prouvé une pertinence restée inchangée. Et c’est finalement – en miroir de Fleuves – par leur réemploi eux d’une esthétique bretonne longtemps fuie que le groupe s’est revigoré... Que ce soit via l’intégration du génial guitariste de Kitch (et rejeton du chanteur des Red Cardell) ou en convoquant sur scène sonneurs et danseurs celtiques... Résultat ? L’exercice est érudit, apatride, pas démagogue et démontre, à travers notamment leur final (“Les Moutons“ joué collectivement à capella), qu’il y a encore un monde pour le mélange de styles et des publics à qui sait continuer à pousser les hybridations… C’est même, au fond, ce que l’on attend de la modernité.
Sacrées leçons.
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