SILMARILS : « Questionner les États-Unis, c’est alerter sur la situation française »
Leur titre “Cours Vite“ avait marqué la fusion rap/rock hexagonale, avant que “Va Y Avoir Du Sport“ ne leur offre une reconnaissance nationale. Le groupe originaire de l’Essonne revient avec un cinquième album… Rencontre avec son chanteur, David Salsedo.
Avec aujourd’hui une expérience de producteur supplémentaire (Dolly, Superbus…), comment a été appréhendé ce nouvel album ?
Nous ne voulions pas refaire le 1er album [Silmarils, 95], que nous avons beaucoup réécouté à l’occasion de sa récente réédition en vinyle. Et pourtant, Apocalypto en est la suite… On n’a pas eu cette tentation contemporaine de la drill, la trap ou la surproduction : c’est un vrai concentré de rap/rock 90s, qui reste un âge d’or pour nous ! D’où le fait d’avoir confié le mix à Richard Segal Huredia (Dr Dre, Eminem, Outkast…). Nous voulions autant que ça groove en bagnole que ça explose sur scène… C’est vraiment très orienté live, mais avec du fond.
20 ans plus tard, le ton est d’ailleurs moins sarcastique…
On n’est – surtout – pas tombé dans la mélancolie : il y a toujours des punchlines… Parfois même de l’ironie ! Mais l’objectif était de conserver des textes conscients qui fassent l’impasse sur les métaphores pour être plus lisibles… Plus frontal. Car, même 20 ans plus tard, notre rage est restée intacte : c’est un album de combats, connecté à son époque. La chronique d’outsiders avec l’universalisme comme but… et dont les quelques drôleries sont là pour dédramatiser l’ensemble.
Que vous ont appris vos récents passages au Bataclan, Vieilles Charrues et Hellfest ?
C’était en plein enregistrement – ce qui nous a d’ailleurs retardé le planning de sortie de l’album – mais cela a permis de réajuster en rajoutant des breaks dans certains morceaux ou plus de chœurs pour la gestion du souffle... Mais surtout : l’industrie a changé, donc notre approche aussi ! Nous avons sorti quatre clips autoproduits avant la publication de l’album. En devenant acteurs de toutes les étapes, nous avons même gagné en spontanéité par rapport à nos débuts… C’est un retour très stimulant à la candeur du métier, au travail en équipe ou l’envie de bonus qui rappelle l’époque où nous collions nous-mêmes nos affiches et organisions nos tournées.
Avec ce featuring avec B-Real (Cypress Hill) qui correspond, sans doute lui aussi, à un fantasme adolescent…
Tout à fait : Cypress Hill représente beaucoup pour le groupe ! On parlait même déjà de lui dans une de nos anciennes chansons… Et puis, c’est une suite logique à l’invitation de DJ Lethal (Limp Bizkit, House of Pain…) sur notre second album Original Karma et du producteur Mario Caldato Jr (Beastie Boys, Molotov…) sur sa suite, Vegas 76… Quand on a donc su que B-Real avait adoré le titre et était d’accord pour rapper dessus, nous avons été le rejoindre en Californie... On ne voulait pas juste recevoir une piste voix… D’autant que la session fut incroyable : son texte parle de ses parents et n’a nécessité que de deux prises... L’occasion aussi de tourner des images à Venice Beach pour le clip “Au Paradis“.
Un lieu de contrastes, comme celui que vous avez vécu ado en périphérie parisienne ?
Exactement ! Mais même si nous avons toujours multiplié les références à la scène californienne, nous n’avons cependant – et dès le 1er album – jamais été naïfs sur Los Angeles... D’où aussi le 1er single de ce nouvel album “Welcome to America“ (dont le clip a été tourné par Olivier Dahan). La science-fiction questionne le réel ? Interroger les écarts des États-Unis c’est, sur le même principe, alerter sur ce qui arrive en France : la polarisation des idées, l’entre-soi, le communautarisme culturelle, la chute des services publics… Et ce même si nous avons conscience que ce sont des mouvements de balancier entre philosophie woke et repli d’extrême-droite.
Et cette pochette, alors ?
Son auteur, Robert Combas, est presque l’un des précurseurs du street art... L’un des initiateurs de la figuration libre, ce mouvement artistique 80s qui mélange concepts et minimalisme... C’est le seul artiste français à apparaître chaque année dans le classement des plus grandes cotes mondiales ! Bon… Il a d’abord refusé, hein, car il ne réalise pas de commande… Puis, hum, s’est laissé convaincre après une discussion de 4h sur les vinyles... mais souhaitait que l’on pioche dans son œuvre ! Argl... Finalement, en écoutant l’album qu’il a jugé « sombre » (on lui a répondu que l’époque l’était aussi), il a réalisé une œuvre originale de 2mx2m avec des bouts de paroles, dans la suite de sa série Les grandes batailles – ou comment l’Homme se tue lui-même… Parfait pour pitcher les textes ! Et puis, en acquérant l’album, on pourra dire que l’on a participé à la démocratisation de la culture... CQFD ? [rires].
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