V and B Fest’ 2026 : la revanche de Robbie Williams ?
Le natif de Stoke-on-Trent (Angleterre) et ex-chanteur affranchi du boys band Take That a dépassé les attentes en livrant au festival mayennais un de ses shows les plus… américains.
Et pourtant, pendant 2h ce 20 août, il y a bien eu du so british en ricochet : l’entrée en haut de jogging rouge pailleté et bras en Y [Freddie Mercury] ; le manteau oversize en fausse fourrure et paire de solaires tout aussi surdimensionnée [Elton John] ; costard rose sur abdos saillants [52 ans !] ou autre marcel encadrant les tatouages [Nord de l’Angleterre, hein] ; l’arrogance justement UK d’un Gallagher (Oasis) ou Ashcroft (The Verve), p’tits joueurs ; l’humour aussi... Surtout. Plein ! Typique. Narquoise. Endémique... Laissant parfois pantois celles et ceux ne décelant pas l’ironie lorsque l’artiste s’attriste par exemple d’avoir eu avec la même femme 4 enfants [et ne se rappelant pas le prénom du précédent] ; quand il s’essaie à l’autopromotion de son film Better Man [« meilleure autofiction du siècle »] ; ou reconnait dans la foule un fan avec qui il aurait prétendument couché... La faute à nos profs d’Anglais moins attachés aux nuances de langage qu’aux verbes irréguliers, isn’t it ?
Pourtant la clé se situait dans ces vraies/fausses indiscrétions en pointillés [et dont les larmes aux yeux semblent malgré tout non simulées] : son nom supposément devenu « synonyme d’égo-trip » en français ; l’humiliation ressentie au sein de Take That [où il ne devait assurer « que les chœurs »] ; les injonctions sociales (se contenter du rôle « prédéfini par les autres » #fatalité) ; son rapport avec la drogue désormais contrarié ; la « fierté » tardive d’un père [qui, enfant, l’avait abandonné] ; avouant même – désolé – ne pas connaître le couplet français de son titre “Millenium“... Ou comment ne plus faire semblant. Documenter/admettre son éternel sentiment imposteur, avec l’autodérision comme mécanique de défense et alors que ses nombreux tubes (“Angel“, “Feel“, “Rock DJ“…) auraient pu depuis le conforter dans ses capacités – preuve de la douleur encore vive de cet animal blessé.
Et c’est bien en ça que le show global reste profondément “américain“. Avec son principe d’expiation par la confession, tout d’abord, propre à la religion et autre Oprah Winfrey. La revanche sociale d’un homme prédestiné raté et qui – trop pressé – s’est brûlé. L’histoire surtout d’un héros tombé qui assume/rassure par son humanité pour mieux se relever. Pardonné de ses excès. Qui avoue, depuis seulement l’an dernier, être atteint du syndrome de Gilles de La Tourette, en plus d’un TDAH, une dyslexie, dyscalculie, dysmorphophobie et autres troubles autistiques… [la sincérité de Céline Dion peut bien se rhabiller]. Derrière la crânerie, c’est donc bien un artiste qui se présente ici à nu. Qui, impudique ou non, fend l’armure du statut et du genre.
Mais si le concert [parlons même de “spectacle“] semble autant s’inspirer des conventions d’outre-Atlantique, c’est aussi par l’incroyable qualité de ses musiciens et choristes, voire une certaine générosité en n’hésitant pas à leur réserver applaudissements, solos et mises en lumière. Dans l’installation d’un tableau esthétique (vidéo/lumières/costume) pour chaque morceau. Les changements de postures pour casser/dynamiser le rythme : allers-retours sur le proscénium ; mises en scène sur un tabouret, derrière un orgue ou entouré de danseuses ; descentes dans la foule… Dans la variation, enfin, des séquences émotionnelles entre fausse déclaration d’amour à une membre du public [Maryline] ; karaoké (The Beatles, Eurythmics, Motörhead, deux fois Queen, un mash-up de Lenny Kravitz et même Take That – l’amertume, toujours, même s’ils se rabibocheront le temps d’une tournée) ; mais aussi des interactions chapitrées/structurées [loin des logorrhées non contrôlées lors de son passage aux Vieilles Charrues en 2023] et surtout en prouvant avec ses reprises de “My Way“ et “New York New York“ qu’il n’avait plus à s’excuser d’être.
Restera de ce concert des yeux fous, malicieux. En feu. Une tronche patinée, restée belle gueule et traversée d’un rictus insondable. Du qui tient autant de l’acteur porno, de l’ancien p’tit con assumé que de l’enfant abimé. On se prend même à regretter, en voyant sur scène ses photos de jeunesse défiler, que le cinéma ne l’ait pas plus invité...
Et Robbie de rappeler dès son entrée, comme pour se faire préventivement pardonner de ses futurs pas de côté sans doute trop “sérieux“/pas réclamés, que tout ça ne restera que « du divertissement » – entamant son concert avec "Let Me Entertain You". Oui. Précisément... Par peur de se faire reprocher que le clown attendu ait entièrement été effacé ? Du rejet ? Nous ne saurons jamais. Pratique. Malin [comme un singe]. Et bien joué.
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