Publié par Longueur d'Ondes

IAM, Louise Attaque, Dionysos, GiedRé… Tous, et plein d’autres, sont passés par les bancs de cette vénérable institution : le Fonds d’action et d’initiative rock (FAIR). Dirigée depuis 24 ans par Claude Guyot, l’association vient de changer de tête tout en gardant pour corps une même ambition : professionnaliser la scène émergente.


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Créé en 1989 à l’initiative du ministère de la Culture (Jack Lang, toujours), le FAIR récompense chaque année 15 lauréats sélectionnés par un comité de professionnels du secteur, lui-même renouvelé à chaque édition. A chaque projet, son besoin : aide financière et juridique, formations aux techniques de la voix, conseils en management, supports de communication (compilation gratuite, tournée dans une dizaine de villes françaises, concert place Denfert-Rochereau à l’occasion de la Fête de la musique)… La structure sait s’adapter.
Pour participer, il suffit notamment de ne pas avoir plus d’un album (daté de moins de 2 ans) distribué nationalement et d’avoir réalisé moins de 10 dates en France depuis 1 an. Etre sélectionné est déjà une victoire en soit. Jugez plutôt : cumulés, les chiffres sont aussi vertigineux que les noms qui ont foulés l’exigu bureau du 9e arrondissement parisien. 400 dossiers par an, 30 Victoires de la musique sur 120 nominations, 25 millions d’albums vendus, 75 000 concerts (sur une moyenne de 200 concerts par groupe), 24 nominations au Prix Constantin (dont trois gagnants)… De quoi faire pâlir certains labels.


claude_Guyot.jpgSouvenirs, souvenirs
Celle que les artistes appellent affectueusement « Madame Claude » a beau avoir passé la main, elle n’en a pas pour autant la mémoire qui flanche. Bien au contraire. Des anecdotes ? L’indéfectible couveuse de talents en regorge. « Têtes Raides : après l’édition, nous avons continué à travailler à la création de leur label ; Miossec est venu chez moi à Essaouira (Maroc) pour finir son dernier album car il y avait des travaux chez lui et il avait besoin de la mer ; même chose concernant le dernier Louise Attaque ; Kool Shen (NTM) a ensuite fait partie du jury de sélection ; à notre première rencontre, Katerine était un garçon très timide, genoux rentrés (Rires) ; après avoir eu -M- en 1998, nous accueillions sa sœur (Nach) l’année dernière ; la première demande d’Olivia Ruiz fut de prendre des cours de chant (elle sortait de la Star Academy !) ; et puis il y a parfois des projets qui conservent les mêmes protagonistes comme Hocus Pocus et C2C, Asyl et Lescop… »
L’énumération pourrait se poursuivre longtemps, preuve que l’histoire s’écrit parfois dans les marges. Que celle en majuscule croise souvent celles individuelles. Alors, pourquoi partir ? La peur de perdre de sa pertinence et un corps qui rejette un stress devenu progressivement encombrant, signe de l'érosion du temps. Rien qui ne pourrait pour autant la rendre amère. La faiseuse de rois garde, au contraire, un positisme désarmant : « Oui, les belles années sont derrière et cela ne va pas aller en s’arrangeant, mais il y a de nouveaux modèles et de nouveaux outils qui arrivent. Vivre de sa musique sera toujours possible, mais… moins. Les interlocuteurs vont changer. Il faudra apprendre à être davantage autonome. » Pour l’heure, Claude s’éloigne – modeste –, veillant à ne pas jouer les ombres tutélaires, ni à jouer les touristes inconvenants. Heureuse de la douce passation de témoin(s).


JUlien-Soulie.JPGL’avenir
A croire qu’il existe un lobby puissant en région Lorraine, le remplaçant de Claude Guyot vient lui-même de Nancy. Avec, comme son prédécesseur, le même âge au compteur lors de son intégration. Blague à part, le petit nouveau n’en est pourtant pas un. Julien Soulié est le fondateur de La Familia, structure de management/production/coordination créée en mars 2007. Au catalogue : Alexis HK, Florent Marchet, Merzhin, Nasser ou encore Tristan Nihouarn (ex-Matmatah). Pour lui, reprendre en main le « premier dispositif de soutien de carrière et de professionnalisation en musiques actuelles » est une « véritable fierté ». La voix est douce et assurée, les cheveux – depuis quelques années – poivre et sel.
S’il connaissait l’association pour y avoir vu quelques-uns des poulains de son écurie y participer, le môsieur n’a pas bénéficié de passe-droit, répondant à une simple annonce. Se rendant aux entretiens, tout en connaissant les autres prétendants. « Ce qui a plu, c’est mon obsession pour l’intérêt général. Être artiste en 2014, c’est hyper couillu ! », rappelle-t-il. Récent papa d’un deuxième petit garçon, Julien n’est pas dans la rupture, mais bien dans « l’optimisation », la recherche de nouveaux axes. Inscriptions en digital, développement à l’international, partenariats avec des festivals… Toutes les pistes sont étudiées.
Et puis ce rêve fou et personnel, une fois en retraite, de reprendre la gestion d’un club de tennis… Rendez-vous dans 24 ans ?


 

* Le FAIR est financé par le ministère de la Culture, des sociétés de gestion des droits d'auteur (SACEM, SCPP et ADAMI), ainsi que par des organismes comme le Centre nationale de la chanson, des variétés et du jazz (CNV), le Fonds pour la création musicale (FCM) et la Société des producteurs de phonogrammes en France (SPPF). L'association bénéficie également du soutien de Ricard SA Live Music et de La Fnac.