Publié par Longueur d'Ondes

Ni Pony Pony Run Run, ni New Young Pony Club. Un groupe sur sa forme, un duo – Laurent Bardainne et Nicolas Ker – sur son fond. Mais surtout : un troisième album personnel (« State of War »), prêt depuis trois ans et qui abandonne l’électro-disco-rock des débuts pour une pop belliqueuse.

Poni-Hoax.jpgRencontrer les Poni ? Toujours l’assurance d’enfiler quelques verres (voire de rencontrer quelques fans, un brin collants). Quoi de plus normal pour des types dont le contexte semble parfois plus important que la musique elle-même ? L’Histoire leur donne raison : créé le 11 septembre 2001 – « Preuve que nous sommes tous, même indirectement, des enfants de la guerre », dira l’un deux – , le groupe sort un premier album éponyme en 2006, produit par Joakim sur son label Tigersushi et classé dans le Top 100 de Pitchfork (journal américain réputé, spécialistes des groupes indés). 2008 : leur seconde salve « Images Of Sigrid » (et son entêtant tube « Antibodies ») leur vaut une présence au sein du jeu vidéo Rockband. Depuis, les cinq Parisiens ont enchaîné plus de 200 concerts, dont Montréal, Londres, Oslo, Moscou... avec une mention spéciale décernée à New York.

Il y a 5 ans, on avait quitté Laurent Bardainne (clavier et saxophone) et Nicolas Ker (chant) dissertant déjà sur le troisième volet. Hors, de l’idée des « pulsions sexuelles que provoquent la guerre », n’est restée qu’une histoire personnelle, passée au tamis des années. Celle de l’enfance de Nicolas, d’origine cambodgienne : de l’assassinat d’une partie de sa famille à son départ forcé de Phnom Penh en 75. Pour Laurent, l’album évoque surtout « l’exil et l’espoir du retour, la guerre et ses post-traumatismes ». Pour autant, rien d‘un trompe-la-mort irrévérencieux. Juste une dose de « cynisme lumineux, sans être lugubre ». À l’image de la mère du chanteur qui « pendant les bombardements américains, recevait Coca-Cola et Corned-beef en guise de tape condescendante sur la tête ».

Sauf que, à la volonté de catharsis de Nicolas – exorciser ses démons, interroger son enfance, faire le pont entre ses deux cultures – , s’est mêlé le « hasard » : Agnès Dherbeys, l’amie de Laurent et photographe (Prix Robert-Capa 2011), à qui l'on doit la pochette du dernier album, a dormi sans le savoir, dans la maison d’enfance du chanteur, « squattée, depuis, par d'anciens combattants du Vietnam ». Un signe. Une évidence pour le duo créatif qui ne croit plus, sous l’accumulation, au fruit des hasards ! Pas étonnant, avec ce lourd héritage, que le chanteur ne tient jamais en place, marchant inlassablement comme un fauve en cage. Avec le trop-plein d’idées qui électrisent l’élocution.

Laurent-Bardainne.jpgCôté musique ? Laurent affirme « s’être décomplexé grâce à Sébastien Tellier ». Un côté Michel Berger qu’il ne renie pas et qui explique « la plus grande part accordée au piano ». Lui, venant du free jazz (avec un premier groupe rock progressif à la Magma), écrit le plus souvent la ligne de base. La présente ensuite à Nicolas, prosodie incluse, pour qu’il détermine un thème orientant les arrangements : «  Le texte est à chaque fois la synthèse d’une discussion. Puis, dès que l’on a le refrain, on part s’acheter des bières... ».

Reste que l’album a mis trois ans à être accouché, faute de structure. « Arthur Peschaud, de Pan European, nous a sauvé du marasme », reprend Laurent. « Pas la tête à monter notre structure. Juste l’envie urgente de présenter enfin ce travail. » Car, l’album physique, ils y croient encore : « Comme pour le dernier Metronomy, il s’agit de créer une histoire, une cohérence dont on explore toutes les pistes. Un exercice qui ne peut s’effectuer que sur la longueur. »

Un contexte, en somme, un thème (avec la magie blanche / noire) au cœur du futur quatrième opus... déjà en réflexion !

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