Publié par Rolling Stone magazine

KORN : « Après 14 albums, tu restes le patron »

Ni révolution, ni répétition, le retour en grande forme du groupe de nu metal est marqué la rédemption... Rencontre avec son leader Jonathan Davis.


Dans quel état d'esprit, as-tu tu composé cet album ?
Au moment de l’écriture, j’avais peur du virus... Je pense que l’on avait d’ailleurs tous peur ! Pourtant, quand je suis entré dans le studio, ce sentiment s’est en quelque sorte… envolé. J'étais tellement heureux de faire quelque chose. D’être dans ce cocon. J'ai pu quitter ma maison et j'en étais très excité. Pouvoir aller en studio, jouer, être utile, quoi ! C'était un vrai mélange entre excitation et peur, l’un et l’autre s’attisant : il faut des bas pour pouvoir apprécier les hauts…

La pandémie actuelle a donc influencé la création ?
Des liens avec la pandémie, il y en a tellement… Dans nos vies personnelles, professionnelles, dans la création, les conversations… C’est un tout, une présence permanente qu’elle soit consciente ou inconsciente : c’est normal que la thématique ressurgisse dans nos actes et pensées.

D’où le nom du titre de l’album, Requiem ?
Requiem, c'est à la fois le symbole d’un combat que nous menons, une prière pour nos morts. C'est un souvenir autant qu’un résumé de plusieurs sentiments… Et c’est justement cette multiplicité de raisons sous-entendues que j'aimais, en plus de la sonorité du mot. J’adore la façon dont il sonne et roule sur la langue... Ça tombe bien parce que notre guitariste, James Christian “Munky“ Shaffer, en était arrivé à la même conclusion : se souvenir, prendre acte... Parfait !

Mais c’est une résignation, une impatience ou l’envie d’un match retour ?
On n’a pas forcément choisi ce nom pour toutes ses significations. On l’a juste pris comme un signe. Une étiquette sur la période. Et c’était une façon de célébrer l’album précédent qui, lui aussi, est désormais mort… Aujourd’hui, il est donc temps de passer à des choses plus grandes et meilleures. Et c’est ce que représente pour moi RequiemThe Nothing, en 2019, fut, à titre personnel, trop difficile.

La colère et la dépression furent souvent ton moteur créatif... En invitant, via le 1er single “Start The Healing“, à s’en soigner : comment donc se renouveler ?
En faisant face à mes sentiments, en les exprimant… Écrire, jouer et envoyer ensuite ça au monde entier a toujours été une thérapie, quel qu’en soit l’humeur ou la teneur. Et c’est une fois ce processus clôturé que je peux me renouveler, me recharger…
J’ai le privilège de pouvoir jouer ça tous les soirs. Ça craint vraiment de se remettre dans l’émotion de l’écriture… Mais ça me donne le sentiment de ne rien avoir accumulé en moi. Alors, quand je reste assis trop longtemps et que je ne fais pas de tournée, ça commence à m’affecter… C’est pour ça que je n’ai jamais été aussi pressé : je dois jouer ! Je veux jouer !

Pourquoi enregistrer en analogique ? Est-ce par nostalgie des 90s ?
Ça n’a rien avoir avec une époque en particulier : la meilleure musique a toujours été enregistrée en analogique. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a rien de plus puissant qu’un chant ou une frappe via un micro. Cette vibration voyageant via les fils, c’est vivant. Ça respire. Ça éclabousse toute la bande magnétique… Et ce réel est inimitable… Ce n’est pas cette transformation et conversion en uns et zéros. Tu le sens tout de suite : « Wow, les cymbales sont pas mal. Les basses sont si riches et belles ». Tu peux ensuite choisir de le traiter numériquement, mais l’origine doit conserver cette électricité, sans besoin de la sur-éditer.

Quels conseils a donné le producteur, Chris Collier ?
Aucun ! Et il n’avait pas intérêt… [rires] Pourquoi ? Parce qu’après 14 albums, tu restes le patron… Chris est un ami. Il est incroyable, a beaucoup de talent, fait de grandes choses... Je l’aime et il sera un grand producteur : c’est pour ça que l’on s’est assis avec lui ! Mais nous ne sommes pas dans la situation où il dit « Tu dois faire ceci ou cela », parce que je me connais. Et je ne veux pas me retrouver dans cette situation où un autre me pousse à bout. Ça n’a évidemment pas empêché Chris de me dire de mieux chanter telle partie, mais je ne souhaite plus mentalement retravailler avec un Michael Beinhorn [album Untouchables, 2002]. C’est trop dur et je ne referai jamais ça ! C’est comme Atticus Ross [albums See You on the Other Side en 2005, puis Untitled en 2007] : je l’aime aussi. C’est comme mon frère – que Dieu le bénisse – mais je ne veux plus jamais vivre ça.

Quel rapport avez-vous donc avec l’exercice de production ?
Oh, tous les producteurs me détestent parce que j’enlève leurs putains de plugins. [rires] Je passe mon temps à dire « Ne fais pas ça ! N’accorde pas ma putain de voix comme ça ! » Je ne les laisse pas faire... Cette énergie, c’est toi qui la produit et je veux qu’elle reste intacte... Laisser les choses comme elles sont. C’est bizarre ? Ok, je le sais. Mais c’est mon énergie !

Vous qui avez parfois réconcilié les deux genres, était-il plus facile d’écouter du rock et du rap dans les 90s qu’aujourd’hui ?
Tout d’abord, je ne suis pas fan d’un genre en particulier, mais de tout ce qui est bien fait... OK ? Or, si tu le fais bien, tu peux mélanger n’importe quoi ! Dans les années 90, quand il y avait encore de grands labels, la concurrence était telle que des gars qui sortaient un truc étaient capables d’éliminer tous les autres groupes ! Ces labels signaient des groupes qui avaient du talent… et non pas seulement parce qu’ils possédaient un ordinateur portable. Aujourd’hui, il y a plus de déchets… Alors, oui, c’est que je préférai dans l’autre époque.
Pour ce qui est ensuite du mélange rock/rap, nous n’avons évidemment pas été les premiers à faire ça : Aerosmith et Run-DMC, Anthrax et Public Enemy… Ils le faisaient très bien ! Nous, nous n’avons jamais dépassé les limites... Je n’ai jamais rappé et nous n’avons jamais cherché à être un groupe de rock/rap. Notre démarche tient plus du clin d’œil que de l’attitude. Et une volonté d’utiliser différentes influences pour enrichir notre son… La sincérité, c’est l’approche que devrait avoir chaque créateur et que nous avons mis dans ce nouvel album.


KoЯn Requiem
LOMA VISTA RECORDINGS