Publié par Rolling Stone magazine

MATMATAH : la tournée des grands-ducs (de Bretagne)

« It’s a liiive » ? Oui. C’est même le cinquième des rockeurs bretons dont les enregistrements publics agissent comme une balise temporelle. L’occasion de marquer ici l’ouverture d’un cycle avec nouveau guitariste et trait d’union entre générations.


Pourquoi un live ?
Stan (chant) : C’est une tradition à chaque fin de chapitre... Un album studio, c‘est le polaroïd d’une époque ? Idem pour un live, mais avec une obturation plus rapide.
Éric (basse) : Le tout enregistré à Brest Arena… Or, ce n’est jamais évident de jouer devant la famille !

Pourquoi ne pas avoir choisi un pas-de-côté ?
Stan : Dès la sortie d’un album, on nous demande déjà des versions alternatives pour les radios ! On voulait ici être le reflet de la tournée qui comportait déjà beaucoup de ruptures : un bagad, une chanson sur Brest…

Des figures de style que vous avez longtemps refusées…
Stan : On nous a tellement collé d’étiquettes – trop “Bretons“ pour les Parisiens, “pas assez“ pour les trad’… – qu’il nous est resté un esprit de contradiction et un grand stock d’acétone, oui ! [rires]
Éric : On a tout un cimetière de cahiers des charges, mais le naturel revient toujours au galop... D’autant plus avec des membres aussi contrastés… Mais il faut effectivement se méfier des “cartes de visite“ (singles).

Pourquoi ?
Éric : Il y a une vraie pression des radios pour raccourcir le propos et rentrer dans des cases. Ça ne facilite pas la compréhension d’un groupe… Ni à échanger sur le sens d’une chanson, si celle-ci se résume à quelques banalités répétées en boucle. On a d’ailleurs écrit un titre sur ce sujet [“Radio Edit“, 2004]
Stan : Et ce n’est pas une “rébellion“ de notre part ! Ce qui nous réunit, c’est une quête d’émotions et de sens, pas une catharsis individuelle. C’est le même groupe qui joue “Sushi Bar“ ou “Out“ – qui pouvait sur scène atteindre 20 min. et qui est à l’origine de notre formation.

Comment avez-vous envisagé les concerts de cette tournée ?
Stan : On a choisi de ne pas avoir de fond noir sur scène, la réflexion nous permettant de mieux voir le public. De quoi adopter des lunettes fumées qui me font ressembler à un prof de maths [rires].
Éric : Il n’y a pas non plus de vidéos qui pourraient distraire le public... C’est un concert, pas un spectacle. Et l’essence de ces concerts, ça reste nos chansons. Si elles sont bien construites, les artifices sont inutiles... et leur présence sur album plus légitime.
Stan : Oui, on emmène les gens dans un tableau. Et c’est génial quand celui-ci devient une fresque… (même si le double vinyle n’a hélas pas permis d’inclure toute la setlist).

Vous semblez prendre plaisir à ce mélange de générations parmi les membres…
Éric : Un peu comme la mégie de Noël qui s’estompe en vieillissant, ça nous permet de nous réenthousiasmer, oui... Notre nouveau guitariste, Léo, a l’âge du groupe. Nous fûmes son premier concert et c’est tout de même le fils de Jean-Pierre Riou (chanteur de Red Cardell) ! La boucle est bouclée.

D’où le noir de cette pochette ?
Stan : On est loin de l’enterrement ! Nos 30 ans de carrière fêtés à l’Accor Arena le 11 octobre 2025 le prouveront… Non, c’est surtout le pochoir de nos flycases, inspiré du Pink Floyd London. Et c’est bien pratique quand on paume du matériel… [rires]