Publié par Rolling Stone magazine

NUIT DE l’ERDRE 2024 - Electric Callboy : l’entredeux

Étrange hasard symbolique qu’offrait la programmation du festival de Nord-sur-Erdre (44), événement hybride entre importantes têtes d’affiche et investissement associatif... Le 6 juillet 2024, veille des Législatives, se produisait en effet le groupe allemand qui pratique sans doute le mieux l’en-même-temps.


Sum 41, Paul Kalkbrenner, Marc Rebillet, Wolfmother, Saez ou encore Zaho de Sagazan en ouverture… Nothing But Thieves, Bigflo & Oli ou The Hyènes pour fermer le banc… Le concert d’Electric Callboy se situait dans un entredeux qui convenait autant au groupe qu’à l’ère du temps. D’autant que le festival lui-même joue les équilibristes : qu’importe ses 98 000 spectateurs cette année en terres agricoles du Nord de Nantes, sa taille exponentielle n’a jamais restreint ses engagements : 2 000 bénévoles et un même président élu à leur tête depuis 20 ans ; des médiations culturelles dans les établissements ; un tremplin musical (dont les pop-rockeurs angevins The Bleers ressortent gagnants) ; des fonds reversées à la cause animale ; et un niveau 2 du label Reeve atteint en matière d’environnement.
Jouant après Sean Paul, Jain et Gossip, en pleine ère de polarisation (autant politiquement que musicalement), les Electric Callboy se sont ainsi imposés en trait d’union... Par leur histoire, tout d’abord : choisissant en 2021 de supprimer les anciennes chansons de toutes les plateformes en raison de paroles offensantes ; puis en remplaçant l’année suivante dans leur nom “Eskimo“ [jugé discriminatoire] par “Electric“. Par sa musique, ensuite, mélangeant metalcore et… dance, comme seuls souvent en sont capable les Allemands. Soit peut-être le pire et le meilleur des 90s, selon où vous vous situez face à ces courants.

Au-delà de l’imagerie (entre jets de feu et cours d’aérobic à nuques longues), on aurait pourtant tort de douter du pedigree d’E.C. : anciennes premières parties de Papa Roach et Five Finger Death Punch ; des concerts en Chine, Russie et Japon ; une nomination aux Metal Hammer Awards ; une tentative avortée de participation au concours de l’Eurovision ; un Bataclan et un Olympia complets en 2023 ; voire une featuring récent avec Babymetal, le groupe de J-pop/heavy metal nippon… Le show s’en ressent. Et s’est même intensifié depuis 1 an.
Car, qu’importe les perruques-mulet quasi changées à chaque morceau et autres bandeaux fluos, leur technique a toujours reposé sur de solides bases techniques... À commencer par leur growl, cette hurlante gutturale hardcore qui clôture leurs passages pop-électro-rigolos. Choisir, c’est renoncer ? Les Electric Callboy associent sucré et salé … Et ça marche ! Dans la foule, certains reprennent leurs tubes : “We Got The Moves“, “Pump It“ ou “Hypa Hypa“, quand d’autres improvisent des chorégraphies que l’on aurait cru (espéré ?) oubliées... Preuve surtout, au-delà de la communion et compte tenu de l’actualité, du besoin d’un public à rejeter tout rationalité jusqu’à même s’oublier.

L’union a du bon.

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