Publié par Rolling Stone magazine

STEREOPHONICS : le retour des princes de Galles

Le 14e album Oochya! ne déroge pas la règle : plutôt qu’un renouveau ou une colère, le « monde d’après » est marqué par l’optimisme et la nostalgie... Confirmation avec le frontman Kelly Jones.


Comment avez-vous vécu la pandémie ?
Nous venions de finir notre tournée quand nous sommes entrés en confinement… C’était en avril. Ma femme a accouché de notre 4e enfant, le 1er mai… La 1re année, j’ai donc consacré mon temps et mon énergie à ma famille. Puis, progressivement, j’ai commencé à redevenir créatif, à faire de la musique… et plein d’autres choses !
Cette pandémie a été pour moi la 1re occasion en 25 ans où il m’a fallu arrêter de bouger, de me produire sur scène… Et pourtant, il n’y a pas eu de relâchement ! C’était vraiment une période intéressante entre ce que ma tête ressentait (l’envie de bouger) et les envies de mon corps (s’arrêter). Il a donc fallu faire en sorte que les deux se rejoignent…

En quoi cela a influencé l’atmosphère de l’album ?
Ce disque est né d’un catalyseur, d’une idée : je voulais à l’origine faire une compilation de 25 ans de chansons… Mais, très vite, ça s’est transformé en compilation de chansons, certes, mais non-terminées ou non-utilisées jusque-là... Je suis donc très content de ce revirement ! Certaines démos ont été retravaillées. Un tas d’autres a été écrit pour l’occasion… Le groupe s’est réuni et nous avons enregistré la plupart de l’album en sept jours, avant d’aller le mixer à Londres.

Qu’en pensez-vous, aujourd’hui, avec le recul ?
C’est un disque qui montre beaucoup de facettes différentes du groupe. Il y a vraiment des chansons rock’n’roll ! Mais ça n’a pas non plus empêché d’y joindre quelques titres plein d’âme. Un équilibre entre moments magnifiques, suspendus, légers et d’autres qui sont plus… sombres. Réalistes.

La mer et le soleil sont des thèmes qui reviennent souvent… Est-ce parce que c’était le contexte d’écriture ?
Ah oui ? [il réfléchit] Je pense que les saisons et le climat peuvent permettre de décrire comment les gens se sentent et… leurs perspectives de vie. Le soleil qui se lève puis se couche représente le temps qui passe, le fait que demain est un autre jour. C’est une métaphore très pratique, accessible… en plus d’être universelle ! Mais, oui, j’ai toujours utilisé des descriptions assez cinématographique et pittoresques dans mes textes.

Vos textes sont d’ailleurs très optimistes. Est-ce l’amour, la nostalgie… ?
Il n’y a pas de thème général qui se dégage, de fil conducteur... Comment pourrait-il y avoir une unité, étant donné que l’ensemble a été écrit à des époques et avec des sentiments différents ?
Prenez “Right Place Right Time“… C’est une chanson consciente. Idem pour “Every Dog Has Its Day“ ! Tout l’inverse d’un “Forever“ très optimiste... “Hanging On Your Hinges“ est très rock’n’roll à la Stooges ! Et puis, oui, il y a parfois de la nostalgie : “Close Enough To Drive Home“ et “Seen That Look Before“, par exemple. C’est cette diversité d’idées et d’intention qui a inspiré le titre de l’album, pouvant autant signifier la surprise que la vengeance.

Justement, d’où vient-il ce titre ?
C’est un mot insensé qui ne vient rien dire… à part évoquer un sentiment de joie et de célébration. Alors, certes, certaines chansons de l’album ne correspondent pas à cet intitulé, mais je voulais quelque chose d’ambigüe et il me semble donc qu’il résume bien l’’ensemble des sentiments qui le parcoure… J’ai toujours aimé ce qui se dégage de Pump d’Aerosmith ou Dookie de Green Day… Vous savez : ces mots idiots qui ne veulent rien dire, mais qui vous font ressentir quelque chose… En plus, ça se prête chaque fois à des idées intéressantes pour l’artwork.

Une pochette inspirée des œuvres de Lichtenstein, c’est ça ?
Notamment, oui. Pour trouver l’inspiration, je me suis promené dans différentes galeries de Londres. Je voulais absolument que le mot apparaisse sur le devant de la pochette de l’album, mais de manière graphique... J’ai donc trouvé beaucoup de choses différentes et ai travaillé avec un type, Richard, qui m’avait déjà aidé pour la précédente pochette. En joignant un bouchon de bouteille et des œuvres de Lichtenstein, l’association fut tout de suite évidente : ces éléments se sont adaptés à la sensibilité du mot.

Quelle est l’histoire du 1er single “Forever“ ?
Je l’ai écrite, il y a longtemps… On avait diagnostiqué un cancer à mon 1er enfant. La chanson parle donc du fait de prendre une balle à sa place, de vouloir le libérer de la douleur qu’il traverse… Mais c’est une chanson malgré tout ouverte ! Au cours de ces deux dernières années, tout le monde a voulu j’imagine à un moment prendre en charge la douleur d’un autre... C’est d’ailleurs normal de vouloir protéger les gens que nous aimons : vous ne voulez pas qu’un de vos proches soit blessé. Alors, comme souvent vous ne pouvez faire face ou gérer cette situation, j’ai imaginé ce mécanisme...
Cet album est rempli de ce type d’histoires : “Right Place Right Time“ parle d’un jeune enfant qui a sa 1re guitare et son ami à la batterie… et puis passe le collège, le lycée, une femme, des enfants… C’est une chanson sur la sérendipité, le destin… Je l’ai écrite le soir où j’ai fait le tour des galeries. En tant qu’artiste et auteur, j’évoque ce que je ressens en essayant d’être aussi honnête que possible. Parfois, ça colle. Parfois, non. [rires]

Comment se sont passées les sessions d’enregistrement ?
La 1re fois que nous nous sommes réunis, nous ne nous étions pas vus depuis un an... On a loué une ferme au milieu de nulle part, beaucoup ri, bu quelques bières, mangé un tas de choses et, surtout, apprécié de refaire de la musique… C’était génial ! Ensuite, nous avons enchaîné avec notre QG : c’est là que j’ai mixé l’album avec Al Clay à Metropolis (Londres). On utilise ce studio pour assembler les choses. On va toujours quelque part pour capturer l’atmosphère, mais l’album n’est jamais mixé dans le même endroit pour permettre du recul.

Et en tant que coproducteur de l’album, quelle fut votre intention ?
J’ai toujours produit les disques mais, parfois, j’emmène effectivement quelqu’un avec moi. Sur celui-ci, j’ai bénéficié de l’aide de Jim Lowe. Il avait déjà beaucoup travaillé avec nous auparavant. La chanson “Hanging On Your Hinges“ avait par exemple été entamée avec lui en 2003 (et en présence de George Drakoulias). Pourquoi ? Parce qu’en tant que musicien et chanteur, j’ai parfois besoin de quelqu’un dans l’autre pièce pour garder un œil sur ce qui se passe… Et puis c’est toujours bien de faire circuler les idées !
Al Clay est arrivé dès 99 sur le mix de notre 2e album Performance and Cocktails. Il a ensuite déménagé à Los Angeles et est rentré dans l’industrie du film, mais est revenu il y a quelques années pour mixer mes deux derniers disques. Nous avons une relation vraiment équilibrée et il était important qu’il soit aussi, dans cette volonté d’exhumer quelques chansons abandonnées, à mes côtés...
Finalement, on réussit à ouvrir le disque avec une très bonne chanson rock’n’roll et on le finit dans un sarcasme à la langue bien pendue… L’histoire idiote d’un renard dans mon jardin qui montre bien la camaraderie rock en studio (et que nous avons voulu capter dans cette mentalité pour que tu aies l’impression d’être avec nous).

Constatez-vous d’ailleurs un retour en grâce du rock ?
Il y a actuellement beaucoup de bonne musique ! Quand j’étais enfant, on aimait le rock, le punk, le folk ou la country. Aujourd’hui, c’est le hip-hop, le rock indé, l’électro… Je pense juste que la musique est moins « tribale » qu’avant… Mais aussi, que les auditeurs s’affranchissent des tendances ! Est-ce une bonne chose ? Aucune idée. Je reste un artiste : mon rôle est avant tout de créer.  


Oochya! UNIVERSAL MUSIC
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