Publié par Rolling Stone

POGO CAR CRASH CONTROL sortie de routes

Ce n’est pas parce que le quatuor rock de Seine-et-Marne a évité les accidents de parcours, qu’il ne s’autorise pas les turbulences ! C’est même pied au plancher que leur 2e album fonce dans le décor “mad in France“.


Ceux qui ont assisté à un de leurs rodéos (un Zenith de Paris dépassé, un Hellfest klaxonné, voire une Maroquinerie embouteillée…) le savent : on ne peut plus parler de “jeunes conducteurs“ à propos des P3C ; patine et sueur ont depuis longtemps décollé la vignette… Les rythmes sont escarpés. Les guitares crissent sur le bas-côté. La conduite, sous une pluie de décibels, reste sportive. Nervée... De quoi faire trembler les vitres et ouvrir la voix aux pourparlers (en français dans le texte). De quoi, surtout, brûler tous les feux en faisant de ce 2e album un classique avant même sa sortie !
Car qu’importe la zone de ralentissement imposée par l’épidémie, les Pogo ont refusé de remettre le compteur à zéro... Annulée, la tournée au Canada ? Le groupe enchaîne les clips quand d’autres s‘arrêtaient sur la bande d’arrêt d’urgence... Le tout avec un esthétisme « science-fiction fauchée » et une pochette lorgnant sur la « BD américaine indée » (Mike Mignola, Charles Burns, Chester Brown…). Qu’on se le dise : le quatuor en a dans le coffre et n’hésite pas à accélérer dans les montées.
Pour preuve : le clip qui donnera son nom à l’album a été tourné dès octobre 2019 et « d’après le son de la démo. Rien n’avait encore été mixé ! On aime ce principe du “emballé, c’est pesé“. En réduisant les délais entre réalisation et publication, ça permet de ne pas s’alourdir d’un emballage marketing ». Qui a dit que murir, c’était se ranger des voitures ?

C’est donc sans plomb que l’essence de l’album a été trouvée... Ligne de conduite ? « Ne plus entendre les amplis ! » Même l’œil, encore calé dans le rétro (grunge), n’a pas été un frein : il a permis de quitter leur garage pour cramer la gomme en périphérie metal. Et d’en profiter pour doubler, hilare, la concurrence sur la ligne blanche : « Nous ne voulions plus sonner indé et avoir un disque où l’on ne s’ennuie jamais ». Admettant une conduite « parfaitement égoïste », où le plaisir prime sur l’argus.
Pas étonnant que Stupeflip les ait pris comme backing band en 2017. Si les deux rejettent toute conduite assistée, leur control freak est, lui, assumé : « Chaque nouveau break est enregistré, archivé et débattu avant le studio ». Une exigence qui, sur la ligne d’arrivée, fait la différence. Comme avec cette batterie facturée au kilomètre : « Même si le tempo a été baissé, nous ne voulions pas – à la manière des punks Converge – perdre des notes ». Finis donc les prises au vent, itinéraires bis et autres chemins de traverse… C’est décidé : P3C carbure à l’efficacité.

Même l’écriture des textes évite d’être relâchée pour bonne conduite. Car si les paroles ont toujours « privilégié le langage courant », elles puisent leurs virages dans l’univers à péage de Lovecraft. « Je me suis mis dans la peau d’un occultiste, avec une lecture du monde très symbolique, lâche le pilote, même si dans la vie, je reste bassement matérialiste… »
Le road trip a du bon : leur prophétique “L’odeur de la mort“ a pris de vitesse l’épidémie actuelle… Quant à “Le ciel est couvert“, il s’autorise un dérapage personnel, racontant les terreurs nocturnes et infantiles du chanteur : « Un soir de fièvre, j’ai mélangé le tout avec le film Le 13e Guerrier sitôt visionné, imaginant que ma maison était une grotte… Une expérience aussi traumatisante que formatrice. Cette bascule où, en domptant ses peurs, l’on devient grand en évitant les crashs ». Ça tombe bien… Là où leur rock va, il n’y a pas de route.

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Photo © Romain Pernot