NO ONE IS INNOCENT : best-of
Des textes conscients, 10 albums, des centaines de dates en France et à l’étranger, des premières parties de Motörhead, Red Hot Chili Peppers, Guns N’ Roses ou AC/DC… Le groupe revient fêter ses Trente rageuses rock avec un best-of et deux inédits.
Pourquoi un best-of ?
On ne l’avait jamais envisagé : regarder dans le rétro, ce n’est pas notre genre... On a toujours privilégié l’action et alerté sur l’avenir plutôt qu’un “c’était mieux avant“. Or, beaucoup de personnes ayant grandi avec nous souhaitaient que nous fêtions cet anniversaire… Et c’est vrai qu’en dézoomant pour la 1re fois, 30 ans de combats rock, c’est un pavé ! L’occasion, aussi, de mesurer la cohérence des discours face aux impostures… Un discours dont nous avons cruellement besoin de rappels aujourd’hui, non ?
Est-ce un épilogue ?
Il n’y aura plus d’albums studio, mais on ne s’interdit pas de sortir des morceaux selon l’actualité… Être citoyen, c’est un pouvoir, mais c’est aussi avoir un avis... Le nôtre s’est toujours exprimé via la musique. Ce n’est donc pas la fin d’une entité, mais une boucle qui s’est bouclée et une adaptation – aussi – à l’ère du temps. No One a toujours été dans la réaction ? On reste cohérent…
Pourquoi est-ce qu’il y a de nouveaux membres ?
Parce que trois musiciens sont partis... Vu le manque actuel de diversité, il nous a semblé important de continuer à diffuser nos discours... Surtout que ces changements permettent de renouveler nos approches (on a toujours été à l’écoute de l’époque) avec quelques évidences : notre guitariste Fred avait par exemple précédemment écrit les titres “Silencio“ et “Djihad Propanganda“… Tous seront en tout cas présents à La Cigale le 20 mars et sont à l’origine des deux inédits du best-of !
Qui ne sont pas les seules surprises…
Oui, il y a 3 ans, nous avions participé à un projet avec des musiciens intéressés par la musique orientale. Les titres “Massoud“ et “Le Poison“ du best-of ont donc bénéficié de ces nouveaux arrangements... Quant au titre “La Peau“, c’est même la version live de cette adaptation ! Ou comment, via cette dénonciation du racisme, joindre la forme au fond.
Qu’est-ce qui a motivé l’écriture de l’inédit “La boutique du mal“ ?
C’est une thématique sur laquelle nous réfléchissions depuis longtemps : traiter les dommages collatéraux des fake news et du cyberharcèlement. Les suicides, rançonnages, tentatives d’ingérence étrangères, les substitutions à la justice… Si le web était plein d’espoirs et de libertés à sa création, il s’est aussi transformé en guillotine numérique. Nous avons donc offert une sorte de suite à notre titre “Revolution.com“, dont nous fêtons les 20 ans et qui était déjà un sarcasme sur ceux prétendant changer le monde via des pétitions.
Cette mutation n’est-elle pas aussi l’histoire des radios libres ?
Bien sûr qu’en libérant la bande FM en 81, il y a eu une jouissance totale, une forme de libération vite récupérée par de grands groupes commerciaux… M’enfin, même si l’on peut parfois s’interroger sur la place du rock et du metal, personne ne sait jamais suicidé à la suite de la transformation de NRJ ! Internet, lui, est tentaculaire et avance parfois caché… Or, tout en admettant certaines avancées, nous aimons dénoncer ce qui parfois fait consensus et se voudrait fédérateur. Rappeler les ingrédients quand le packaging induit en erreur.
De là à imaginer une troisième chapitre sur les I.A. ?
Pourquoi pas ! Soyons honnêtes : le rendu est impressionnant... Heureusement, cela ne nous remplace pas encore sur scène... Mais oui, nous avons été regarder. On a toujours bousculé nos fans par des pas de côtés (hip-hop, électro…). C’est le principe du voyage (l’enrichissement par l’étude d’autres univers), mais aussi la démarche de la plupart des groupes 70s : une culture qui ne s’enrichit pas est une culture qui meurt.
Et le morceau “Ils marchent“ ?
Écrit il y a un an... Il a été motivé par une peur et une colère : ça fait 30 ans que l’on prévient et on a bien cru que, ce coup-ci, il n’y aurait pas de sursaut républicain... Nous avons donc essayé d’en parler différemment pour mieux faire passer le message. D’autant qu’en utilisant le vocabulaire des catastrophes climatiques, ça résumait bien l’aveuglement de certains et l’enrichissement des autres face aux dangers qui nous guettent.
Est-ce donc aussi votre échec ?
Il est collectif : face à la crise du disque, beaucoup ne veulent plus prendre de risques... Nous, c’est déjà fait ! Et c’est bien parce que nous assumons ces combats que nous continuerons à les porter sur scène, fiers de notre mantra issu de Pablo Neruda : « Nous gagnerons, même si tu ne me crois pas ».
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