ULTRA VOMIT : full metal racket
Leur précédente sortie Panzer Surprise ! fut disque d’or – une première dans le metal français depuis Mass Hysteria… Sept ans plus tard, les Nantais rigolards reviennent. Échange avec son chanteur, le roi Fetus.
Beaucoup de temps sépare vos albums… Qu’est-ce qui donc en motive la sortie ?
C’est le nombre suffisant de compositions qui déclenche l’envie de studio... Or, en comparaison avec notre précédent disque où trois titres majeurs ont été composés dans les derniers jours d’enregistrement, ici beaucoup d’idées sont arrivées très vite… Et ce, même si à la fin de la tournée, nous n’avions que des embryons… On savait même, dès la composition, ce qui ouvrirait et clôturerait l’album ! Le plus dur, ce ne sont de toute façon pas de trouver des riffs, mais de jauger la bonne distance pour les vannes. D’où l’utilisation d’un cercle réduit d’intimes pour relever la tête du guidon et limiter les doutes...
Sans craindre l’obsolescence de certaines blagues ?
Oh si... On en a d’ailleurs enlevé certaines qui résonnaient trop avec l’actualité immédiate… L’humour, ça pardonne moins dans la durée et l’idée, en pleine tournée, est de réussir cet équilibre entre moments attendus et malgré tout quelques surprises sur certaines dates. D’où le fait de vouloir inclure de plus en plus le public (et nous allons essayer d’aller encore plus loin lors de la prochaine tournée !). Ainsi, le “spectacle“ comporte un même squelette, mais il est chaque soir différent parce qu’il porte en lui une dose d’imprévus... Ça permet de contrebalancer avec mes interventions entre les chansons qui, elles, sont très écrites.
Est-ce que ça signifie que vous composez en fonction ?
Non non, surtout pas ! Quand on crée, quand on blague, il faut absolument s’extraire des injonctions et du regard des autres… On fait le tri ensuite. Idem pour le live : on trouve des solutions pour retranscrire les chansons qu’une fois l’objet finalisé. Ça évite ansi de s’éparpiller. Après, bien sûr, nous pourrions souffrir de la répétition d’une même blague sur scène pendant quelques années, mais c’est comme une pièce de théâtre : à force de la jouer, on améliore les dialogues ou on trouve d’autres intonations.
Quelle est d’ailleurs l’ambition secrète d’Ultra Vomit ?
C’est d’adopter la coolitude d’un groupe comme NOFX – sans doute l’un des plus drôle du rock… Tout en ayant la puissance de Gojira ! La question s’est d’ailleurs posée lors de l’enregistrement de “Kammthaar“ sur le précédent album : notre producteur Fred Duquesne [également à la manette de ce nouveau disque et guitariste de Mass Hysteria] nous a demandé s’il devait « pousser les potards », vu notre contenu humoristique… On n’a pas eu besoin de réfléchir : pour nous, c’est justement ça qui est drôle ! Écoutez les prods de Fatal Bazooka : on sent que la parodie est avant tout un hommage sincère… C’est l’interprétation, ensuite, qui permet le décalage.
Vous aviez une pression particulière pour cet album ?
Non. Pas avec l’âge… Ou disons que c’est uniquement une pression envers soi-même – celle d’être fier du travail accompli – plus que la peur d’un échec commercial. Mais ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de pression que ce travail n’invite pas à la réflexion… Pour notre deuxième disque Objectif : Thunes (2008), il nous a par exemple fallu deux mois pour trancher si nous devions dire « Je collectionne les canards vivants » ou « Je collectionne DES canards vivants »... Celui-ci, par chance, il y a eu 1 an ½ de pause entre la fin de la tournée et l’enregistrement ! [rires]
Pourquoi ne pas avoir répondu en chanson à la polémique liée à votre mini-concert à l’Élysée, en 2021 ?
Mais nous avons dans nos tiroirs un titre qui s’appelle justement “Panique à l’Élysée“ ! Donc, oui, on l’a fait… Et puis, on n’a finalement pas eu le panache de l’inclure à l’album… Étant donné la durée de vie de nos disques et du président, ce n’était pas pertinent… [rires]
Vous avez trouvé injuste que l’on vous reproche d’être à son service ?
C’était intéressant comme provocation : nous n’étions pas là pour lustrer les bijoux de famille de Macron, mais pour donner un coup de pied dedans ! La séquence est absurde : le type est en costard, assis sur une chaise, pas au courant, pendant que l’on chante “Une souris verte“ version metal... Et puis, c’est nous prêter trop d’influence : que le président paraisse “plus cool“ ne veut pas dire que ses idées le sont ! De même que l’on a souvent refusé des partenariats sérieux, parce que notre musique – justement – ne l’est pas… C’est le même canular que Katerine (génial) dynamitant la cérémonie d’ouverture des J.O. ! Nous restons un peuple d’insoumis.
L’humour, c’est pour mieux tenir à distance le réel ?
Quand j’étais petit, j’étais très timide : je n’ai jamais rêvé d’être à la place de ceux qui étaient sur scène ! Jamais... Si je fais ça, c’est par refus d’obtempérer... Ma famille n’est pas dans la musique : mes parents sont médecins ! Faire un groupe de metal 1er degré, ça m’emmerderait profondément... On m’a même déjà posé la question en interview : « Quand est-ce que vous allez grandir blabla ? » Moi, tant que ça fait rire et que l’on reste proche du public, je ne vois pas pourquoi on arrêterait… Et c’est toujours comme ça que j’ai imaginé ce métier et la raison pour laquelle nous continuons à nous rendre disponibles en fin de concerts : ne plus rire, c’est justement installer une distance.
D’où cette éternelle thématique fécale qui revient sur cet album ?
Ah ça… Si notre guitariste Flockos nous a ouvert au punk rock, il nous a aussi poussé vers ces thématiques ! À la différence, ce coup-ci : c’est notre batteur Manard qui a dit « Les gars, j’ai une femme, un taff… Mollo sur le caca ! » Bon. Hum… Ça a donné le titre de la 15e chanson… [rires] Le pire, c’est que nous avions déjà épuisé le temps d’occupation du studio, donc on a vraiment enregistré la batterie à l’arrache chez l’un d’entre nous et le reste via des vocaux… Ça ne compte donc pas, si ? [rires].
Et cette imitation de Johnny sur le 1er single “La Puissance du pouvoir“ ?
C’est un personnage qui existait déjà dans mon duo Andréas & Nicolas... L’idée était de doubler le morceau avec un pont épique à la Manowar. C’est donc sorti malgré moi… Le plus flippant, c’est que beaucoup ont cru que c’était une I.A. ! Or, on a été pris d’un vertige en prenant conscience que nous jouions justement dans la zone de confort des I.A. en cherchant à mélanger l’improbable… Bon, même si je crains qu’elle nous humilie, il ne reste plus qu’à organiser un combat contre la machine à la Kasparov, non ? [rires]
La pochette, elle, n’a pas été réalisée par une I.A…
Effectivement, c’est l’œuvre du graphiste Grégory Lê. Un type qui a notamment travaillé avec Narnarland… L’idée, c’était de réaliser un hommage aux affiches de films catastrophes/SF des années 60-70 ! Une passion qui nous anime depuis nos débuts … Bon, on avait aussi pensé à King Ju [l’homme-orchestre derrière Stupeflip], mais on a eu peur que l’on confonde les deux univers.
Plus facile avec le chanteur de Mass Hysteria sur “Mouss de Mass“ ?
C’était un titre qui était en ballotage depuis longtemps… Un titre que l’on jouait pendant la tournée des zéniths du Gros 4 (Ultra Vomit, Mass Hysteria, No One is Innocent et Tagada Jones). Nous, on aimait bien la consonnance du titre et le fait de troller les concerts, mais nous n’étions pas très fiers de l’imitation… On n’était même pas sûrs de placer le morceau dans l’album ! C’était une sorte de bonus scénique… Puis, on a finalement osé demander à l’intéressé, Mouss, en ayant peur qu’il ne trouve pas la blague drôle… On s’est trompé. Il nous a même demandé des conseils sur l’interprétation ! [rires] C’est toute la puissance du pouvoir et le pouvoir de la puissance de l’humour.
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