Publié par Rolling Stone magazine

Rock à la noix, KO KO MO ?

On aurait tort de moquer la formule ramassée du duo guitare/batterie rock de Nantes... À force de pétarader, leur nouvel album Need Some Mo’ pourrait bien convaincre ceux les ayant jusqu’ici ratés.


La pandémie, ils l’ont prise – comme tous – de plein fouet… À la différence ici qu’elle tombait à point nommé : « Il était prévu que l’on consacre plus de temps sur cet album… Avec le confinement, nous avons eu le droit à un bonus ! », balancent hilares les deux compères accoudés au bar... Confinés dans une maison de l’est de Nantes, suffisante pour stocker tout leur matériel (dont une nouvelle console analogique 70s fraichement acquise), la parenthèse a même favorisé un soin plus appuyé sur le son : « Nous voulions revendiquer davantage notre duo, en évitant les synthés et en recentrant la composition sur la batterie et la guitare... On a donc passé pas mal de temps à tester le placement des micros, à gommer la présence de la pièce et opter pour un son plus frontal. Plus live ! »
Idem du côté des textes, sur lesquels la période ne semble pas avoir eu de véritable emprise : « Nous avons toujours évoqué des problèmes qui existent depuis plus de 50 ans et ne sont pas prêts de s’arrêter. Bien sûr que certains y noteront des références ! Mais nous avons tenu, comme depuis nos débuts, à privilégier l’intemporel et le double sens pour mieux affronter l’épreuve du temps et être interprétés au-delà de cette période... » Warren (guitare/chant) dit vrai : comme beaucoup de leur génération, et ce malgré leur pratique du rock, il n’y a jamais eu chez eux la volonté de dénoncer. « Notre seule concession, c’est d’attaquer le live avec la dernière chanson de l’album, qui évoque plus frontalement le thème, mais uniquement dans le but de mettre fin à un cycle et d’épargner au public un long discours sur le sujet. »

N’attendez d’ailleurs pas plus d’éléments extérieurs pour en perturber la narration : si le duo s’autorise parfois en concert quelques exceptions (comme avec l’ex-chanteuse d’Orange Blossom), l’unité reste de mise et hermétique à toute incursion. « C’est un disque en featuring avec nous ! », plaisante K20 (batterie/chœurs). Avant de surenchérir : « C’est tout l’avantage d’être deux… La formule ne permet pas seulement de la souplesse. Elle nous permet de travailler nos compléments... » N’allez pour autant pas en déduire un monolithe inflexible face aux traditions : ce troisième album comporte quelques plages plus pop que ne renie pas le duo. « On vient plus du rock de Radiohead que de celui de Led Zeppelin que l’on nous attribue régulièrement. »
Cette comparaison constante revient d’ailleurs aussi souvent que la qualité adoubée de leur live. Une fierté pour Ko Ko Mo, tant que la paire n’est pas considérée comme un simple groupe de revival : « On joue parfois avec, en prétendant – quand nous tenons le stand de marchandising en fin de concert – ne pas connaître Led Zep’… Ça rend chèvre certains ! » Or, c’est cette chambre constante, cette volonté de mettre « de la déconne » dans leur son et visuels, qui justement – à les entendre – les distinguent des 70s.

Alors, certes, K20 se souvient avoir pris une claque devant Page et Plant à Rennes au milieu des années 90, mais leur production s’en éloigne effectivement. Cette rengaine vient, selon eux, d’un appétit soudain des actuels 13-15 ans autour de la playlist de leurs parents : « On le constate beaucoup auprès de nos neveux ou fils/filles d’amis… Si ça se traduit pour l’instant peu sur scène, la nouvelle génération est capable de grands écarts… Et d’un appétit renouvelé pour le live qui nous étonne nous-mêmes. » Deux qualités qui ne sont, pour le groupe, manifestement pas restés lettre morte.