Publié par Rolling Stone magazine

T’as le look, KO KO MO

L’arrivée d’un album inédit du duo rock guitare-batterie marque aussi une mutation. Celle de nouvelles couleurs brandies, musicales comme vestimentaires, autant que le tutorat d’un géant américain côté concerts... Quitte ou double ?


Les vrais SAVENT. Ils savent que ce groupe de hard blues/psyché est une incroyable machine live, à la scénographie réfléchie et dont le nombre de membres (deux) prouve que la quantité n’a rien avoir avec l’énergie/niveau sonore renvoyé... Que leur nom tient plus du bluesman James Kokomo Arnold que du dernier single ensablé de The Beach Boys... Qu’il existe surtout un espace dans lequel ce duo cohabite, entre rock vintage pour orphelins cinquantenaires et une nouvelle génération dopée aux vinyles... Qu’enfin, les KO KO MO ont notamment assuré les premières parties de Royal Republic [jusqu’à même jouer ensemble dans l’émission Taratata] et qu’ils s’inscrivent dans une certaine aristocratie de la scène nantaise, entre l’arty Orange Blossom (dont, avec la chanteuse, ils partagent un duo) ou encore les traditionnels Tri Yann (avec qui le batteur possède des liens familiaux). Bref, un grand écart – ou trait d’union ? – faisant office de définition.
Ceci posé, reste qu’il semble parfois difficile de dépasser leur entêtant single “Technicolor Life“ (2017) ou leur statut grand public de repreneurs talentueux [“Personal Jesus“ en 2017 ; “Last Night a D.J. Saved My Life“ en 2020 ; ou encore "Are You Gonna Go My Way" en 2022]. C’est dire tout l’enjeu : faire oublier l’étiquette revival en créant de nouveaux totems... Pas toujours évident avec un groupe qui peine à expliquer sa démarche en interview, se contentant le plus souvent de lieux communs malgré l’érudition de leur art.
Quoi qu’il en soit, KO KO MO est à l’orée d’un nouveau cycle : une signature avec Live Nation [multinationale américaine et multipropriétaire de groupes/événements live] ; un changement d’attaché de presse ; un retour sur scène après une interruption traumatique l’année dernière [leur tour bus a brûlé en pleine nuit lors d’un trajet entre deux festivals, les occupants ayant été sauvés de justesse] ; un live qui justement laisse entrevoir une direction plus synthé/électro [après l’hommage à Led Zeppelin, direction The Who ?] ; des plages instrumentales qui remettent la batterie au centre ; un nouveau look [le guitarise porte un chapeau large en début de show] ; puis enfin cet album plein d’espoirs dont on image sans mal la pression. Sémiologie, quand tu nous tiens.


Quelles furent les conditions d’enregistrement de cet album ?
Il nous fallait prendre le temps : on a donc enregistré sur deux mois… Le tout : au WM studio, un lieu d’enregistrement résidentiel entre Saint-Brieuc et Guingamp, tenu par des amis.

Et concernant le processus créatif ?
Le même que pour les précédents : Warren [guitariste] a d’abord posé les bases. Ensuite, nous modifions à deux... La différence, c’est que nous avons travaillé à quatre avec Yann et Loris qui nous accompagnent en tournée. Objectif : sonner live ! On peut donc dire que nous l’avons réalisé à… Oula, ça fait combien de mains, ça ? [rires]

Est-ce que vous vous imposiez un cahier des charges ?
Non. L’idée, c’était d’être le plus ouvert possible dans le jaillissement des idées, mais de conserver un fil rouge. D’où l’utilité d’ouvrir le cercle pour nous aider à conserver un parti pris.

Ce virage plus “électro“… Vous en parliez en filigrane depuis longtemps.
Pendant le confinement, Warren a beaucoup composé sur ordinateur. Ce qui a eu une influence… Et pourtant, il y a malgré tout des respirations folks ! Pourquoi ? Parce que nous avons fait une pause en pleines sessions. Cela permet du recul… mais aussi des envies différentes lors de la reprise des enregistrements… à l’image de notre dualité.

Avec aussi des recherches de son spécifiques ?
Bien sûr ! Si nous avions préparé beaucoup de choses en amont, nous restons un peu geeks... Le squelette et les muscles étaient là. On a ensuite essayé plusieurs peaux pour ce nouveau corps… Tu peux toujours te permettre de contorsionner tes jouets quand la base est solide.

Tout en réfléchissant à sa traduction en live ?
Non. Y penser pendant l’enregistrement, ça aurait été nous restreindre… En revanche, oui, parfois des images apparaissent : « Tiens, on pourrait faire un happening sur celle-ci… Laisser plus d’air sur celle-là pour jouer avec le public… ». mais ça nous pose déjà en spectateurs. Or, nous ne confondons pas la création avec son étape de relecture.

Et toujours pas de featuring ?
Si, mais avec nous-mêmes [rires]. Et ce n’est pas toujours évident…