MATMATAH : « Ni reboot, ni remake »
Il aura donc fallu 28 ans de carrière, un double disque de platine, trois autres d’or et près de 4 ans d’écriture pour que les rockeurs bretons accouchent d’un sixième (double) album aussi hétéroclite qu’apatride... Rencontre avec Éric, son bassiste.
Miscellanées Bissextiles est-il un reboot du groupe ?
Ni reboot, ni remake : chaque album est un polaroïd de son époque... Le 1er ? [La Ouache, 1998] Nous avons eu toute une vie pour le sortir ! Alors que le second [Rebelote, 2001] était pressé, car nous devions répondre au succès... Le 3e [Archie Kramer, 2004] correspondait à l’arrivée d’un nouveau batteur... Le 4e [La Cerise, 2007] était celui de la fin... Le 5e [Plates Coutures, 2017] : celui du retour, sans savoir s’il y avait une attente... Finalement, Miscellanées Bissextiles est le seul réalisé dans des conditions normales ! (rires)
En quoi travailler sur le long terme a-t-il nourri sa création ?
Il y a du recul sur chaque titre, tout en étant truffé de premières fois : nous avons par exemple chacun écrit à distance (en télétravail, donc) ; refusé les maquettes en enregistrant directement ; confié l’une des chansons à un arrangeur (chacun proposant une couleur différente, le résultat nécessitait un décorateur) ; notre batteur a composé les deux morceaux en anglais ; et Stan chante un texte co-écrit... Pourtant, il n’y a jamais eu comme cahier des charges de faire “différent“.
Il y a tout même la volonté de s’affranchir de tout…
Mais c’est plutôt une des conséquences de la liberté, de partir de la page blanche s’en s’obliger à des formats single ou une homogénéité sonore… À l’arrivée, ça donne ce pêle-mêle de cartes postales, cette… impression de densité. Et c’est sans doute parce que nous avons accepté nos fragilités que nous revivons l’insouciance de nos débuts.
Pourtant vos concerts ont toujours été une formidable mécanique de déconstruction…
Ça, ça s’explique davantage par notre histoire… Nous sommes apparus à la fin des boys bands ; avons connu les “poseurs“ ; enchaîné près de 200 concerts rien que dans Le Finistère au bout de deux ans d’existence, alors qu’il faudra encore attendre deux ans de plus pour la sortie du 1er album… C’est bien pour ça que nous n’avons pas de décor sur scène qui pourrait tuer le geste : nous sommes sans cesse à la recherche d’un rapport direct avec le public…
Et c’est ce qui vous distinguerait des autres ?
Disons plutôt que notre parcours est plus rare à reproduire... Écumer les cafés-concerts et éclore petit à petit ? Plus personne ne fait ça ! Pourtant, sans cette étape, nous aurions eu l’impression de perdre en légitimité... Mais ce n’est pas seulement pour ça que nous faisons évoluer les chansons sur scène… C’est un matériau vivant qui prend chaque soir la patine de l’expérience. Et puis, en tant que spectateurs, nous n’aimons déjà pas assister à un concert qui est l’exact reflet du disque : alors pourquoi l’imposer à d’autres ?
Avec quelques rengaines qui reviennent ici…
Ha ha... Les chansons “Brest-même“ et “Trenkenn Fisel“ ? Le fils du chanteur des Red Cardell comme guitariste ? Oui, après avoir longtemps dit que nous étions un groupe de rock aux influences celtiques – et non du “rock celtique“ –, on s’est dit que l’absence de format… c’était aussi la contradiction, non ? (rires)
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